Très tôt j'avais observé ce tic que vous avez de porter régulièrement la main sur ce livre du Code Pénal, comme pour vous assurer qu'il était toujours là. Et puis pour une raison encore obscure, je vous ai imaginé tel que vous pourriez être plus tard, vieillard vénérable au bout de sa retraite, cheveux bien blancs et dos bien voûté, caressant la collection des recueils des textes de loi, méditant devant votre robe de procureur rangée au placard depuis tant d'années déjà passées. Au terme de sa vie professionnelle, un ingénieur peut compter le nombre de ponts qu'il a construit, un professeur s'imaginer tous les élèves qu'il a formés. A quoi peut donc penser un procureur à la retraite ? Assurément pas du nombre d'années de prison qu'il a demandées pour que des accusés apprennent le Code Pénal
Après tant d'années, pour avoir vu défiler dans les tribunaux tant de petitesses et petites misères humaines, et, parfois quelque grandeur qui rachète tout, on revient de bien de certitudes pour arriver enfin à celle-là : Ce sont toujours les lois non écrites qui sont les véritables et qui font faire des petits pas à l'Humanité.
Saïd Mekbel