El Watan, 2 janvier 2006
Ils sont au moins 18 journalistes à avoir été condamnés à la prison ferme par la justice algérienne au cours de la seule année 2005. Il s'agit de : Farid Alilat (1 année) ; Fouad Boughanem (1 année) ; Sid Ahmed Sémiane (1 année) ; Kamel Amarn (1 année) ; Ali Dilem (1 année) ; Malika Boussouf (6 mois) ; Hakim Laalam (6 mois) ; Nacer Belhadjoudja (6 mois) ; Mohamed Benchicou (5 mois) ; (en prison depuis 2004) ; Yasmine Ferroukhi (3 mois) ; Youcef Rezzoug (3 mois) ; Djameleddine Benchenouf (3mois) ; Abla Chérif (2 mois) ; Badis Massaoui (2 mois) ; Hassane Zerrouki (2 mois) ; Ghanem Khemis (2 mois) ; Abdelkader Djemâa (2 mois) ; Abder Bettache (2 mois). Parallèlement aux condamnations à la prison ferme, des dizaines d'autres journalistes ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. Au cours de la seule journée du 13 novembre 2005, le tribunal de Mostaganem (ouest) a jugé cinq correspondants de presse, condamnant quatre d'entre eux à des peines allant de 6 à 3 mois. 2005 a été, également, l'année des amendes exorbitantes infligées par la justice algérienne aux éditeurs de presse et aux publications elles-mêmes. A lui seul, le cas Benchicou est la parfaite illustration de l'effrayante régression de la liberté de la presse en Algérie. Condamné à 2 ans de prison ferme suite à une cabale policière, le directeur du Matin, qui accomplit actuellement son 19e mois de détention à la prison d'El Harrach, est poursuivi à ce jour dans une trentaine de procès en diffamation, alors même que le journal qu'il dirige est suspendu depuis juillet 2004. Cette évolution funeste pour la liberté d'_expression et la liberté de la presse était prévisible dès lors que le régime en place s'est employé, par l'entremise d'un appareil complètement assujetti, à étouffer toute voix discordante, ne laissant place qu'au discours lénifiant et « normalisateur ». Pendant que l'appareil judiciaire sévissait, tout au long de l'année, contre les médias privés, les premiers responsables de l'Etat et du gouvernement, défiant la réalité, n'hésitaient pas à affirmer qu'« il n'y a pas de journalistes en prison » ou que « les institutions nationales ne sont pas contre la liberté de la presse ». Autre défi au bon sens : alors que l'Algérie, certainement sous la pression internationale, s'apprête à réformer le code pénal pour l'adapter à la nécessaire lutte contre la corruption, des journalistes parmi ceux qui avaient justement alerté l'opinion publique à propos des affaires de corruption se retrouvent en prison ou menacés d'y être envoyés. Tout en alertant l'opinion interne et internationale au sujet de ces atteintes répétées et gravissimes à la liberté d'_expression et à la liberté de la presse et qui constituent une violation flagrante des normes internationales, le Comité Benchicou pour les libertés réclame avec insistance :
- 1 La libération de Mohamed Benchicou.
- 2 La relaxe des 18 journalistes condamnés à la prison ferme.
- 3 L'arrêt d u harcèlement judiciaire des journalistes et la reconsidération des amendes infligées aux journalistes et aux médias. Il appelle instamment les pouvoirs publics à hâter la dépénalisation des délits de presse et à promulguer une loi protégeant l'exercice libre du métier de journaliste seul à même d'aider à l'émergence d'une société démocratique et à la construction d'un Etat de droit