( Greta )
Quand des gens me demandent ce que j'ai fait pour mes vacances d'été, que puis-je leur raconter ? Comment est-il possible de transmettre les sons, les odeurs, les paysages d'une occupation qui essaie de broyer les gens jusqu'à être la même poussière que leur terre ? Je me suis dit que j'allais vous envoyer quelques « instantanés » de ce petit village, une population courageuse et déterminée,qui se s'est trouvée créativement face à des soldats lourdement armés qui les auraient battus à mort sans leur détermination, aidés par des militants pacifistes internationaux et israéliens.
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Plusieurs d'entre nous s'encourent pour échapper aux gaz lacrymogènes qui sont oppressants, nous calons et suffoquons pendant toute la journée. Des larmes coulent sur nos joues, nous entrons en trébuchant par la porte ouverte d'une petite maison avec des poules et des canards picorant devant sans être perturbés. Par terre, devant la porte de métal une femme était assise qui tenait un demi oignon pour chacun d'entre nous. En fait elle était assise sur un grand sac d'oignons et elle les coupait en deux avec expertise. Elle savait que nous en avions besoin. Sans un mot, pendant que nous passions devant elle, elle nous en donna un à chacun.
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Une petite fille cachée derrière sa mère tend la main pour toucher mon bracelet palestinien à perles tandis que sa grand-mère me pousse dans la maison. Des balles en caoutchouc étaient en train de voler au-dessus de nos têtes et des bombes sonores explosaient devant nous, et elles voulaient que je sois à l'abri. J'ai enlevé mon bracelet et je l'ai donné à la petite fille. Elle ôte immédiatement un petit bracelet d'argent de son poignet et me le donne. Je le porte en tapant ce mail.
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Une vieille femme de 80 ans crie contre les soldats, juste sous leurs visières qui ne les protégeront pas de sa colère. Quand ils s'en vont en ricanant, elle ramasse la demi pêche qu'elle était en train de manger et la lance vers l'un d'eux. Trois d'entre eux reviennent bruyamment pour l'arrêter tandis que plusieurs d'entre nous se mettent à crier « Allez vous en. Elle ne vous frappera pas si vous vous en allez ; Vous êtes sur ses terres. Vous volez ses terres. » Juste au moment où ils se retournent pour s'en aller, elle atteint l'un d'entre eux avec une bouteille pleine d'eau qui se répand sur lui. Il n'ose pas se retourner pour regarder.
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Une femme de 75 ans est à mes côtés. Elle est très British et très bien habillée, elle porte même un ravissant chapeau. Son fils a été placé en poste en Jordanie il y a longtemps, et elle s'est intéressée à la justice pour les Palestiniens. Nous avons joint les bras pour empêcher les soldats d'arriver aux Palestiniens pour les battre ou les arrêter. Ils l'arrachent de moi d'un coup sec et l'évacue vers le grand wagon cellulaire. Elle continue à protester dans la rue pendant tout le chemin. « Vous ne pouvez pas arrêter quelqu'un de 75 ans. Vous ne le pouvez pas. » Ils la laissent partir et disent qu'ils sont uniquement intéressés à arrêter des jeunes et des Israéliens.
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Quand les soldats battent en retraite (c'est ce qu'ils ont fait), ils se mettent à tirer sur nous tout ce qu'ils ont encore. Une grande bombe lacrymogène vole au-dessus de ma tête, me ratant d'un inch et blesse un Palestinien à la jambe. Il shoote dedans pour que le gaz ne nous explose pas à la figure, puis il boitille jusqu'à l'ambulance du croissant rouge pour se faire soigner.
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La famille voisine nous dit qu'elle peut loger 10 personnes la nuit avant la manifestation. Le lendemain, alors que l'armée a transformé le village en une zone militaire fermé et hurlé dans des haut-parleurs que tous les Israéliens et internationaux doivent quitter, ils nous cachent dans une des chambres. Ce n'est qu'à la fin de la manifestation que nous découvrons qu'ils sont eux-mêmes illégalement dans le village, et que si on nous avait découvert, la famille toute entière aurait été envoyée en prison, même s'ils sont palestiniens et ont le droit de vivre à Bil'in mais n'ont pas de papiers (but not the paperwork ???).
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Le matin de la manifestation, nous sommes tous enfermés sous couvre-feu. Nous montons sur le toit et commençons à tambouriner des tuyaux et des appareils de chauffage qu'on trouve sur tous les toits en Palestine. Nous avons créé notre propre orchestre et le bruit se répercute dans tout le village comme tout le monde se joint à nous. Sur un toit en face de nous, une grand-mère avec un bébé à la main et un tuyau dans l'autre. Elle frappe de toutes ses forces l'appareil de chauffage, donnant des coups aussi fort qu'elle peut en nous souriant pendant que nous accrochons deux énormes calicots au bord du toit.
Fin de ce rouleau.
La générosité du courage est époustouflante. Nous avons été nourris au point d'éclater, et la détermination d'habitants qui refusent de quitter tranquillement a été une leçon d'humilité pour nous. Nous sommes sales, poussiéreux et fatigués, mais tous ceux qui ont participé, d'Uri Avnery, le militant israélien, qui a eu 82 ans hier, aux plus jeunes enfants qui distribuaient des oignons, ont fait la différence.
http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=2513