Le Conseil National du MDS s'est réuni le jeudi 10 novembre 2005, au
siège du mouvement pour évaluer la situation politique nationale autour
des élections partielles en lien avec la préparation de son Congrès. Il
est apparu qu'en persistant à organiser des élections partielles dans
le même cadre institutionnel et dans le cadre des visées mises à nue
par le référendum, à savoir la compromission avec l'islamisme, en
tournant le dos à une véritable stratégie de sortie de crise, le pouvoir reste
fermé à toute ouverture démocratique. Sa préoccupation est de mettre à
profit le morcellement des forces démocratiques pour tenter de «
normaliser une région » frondeuse dans le cadre d'une tentative de
normalisation de toute l'Algérie. On ne peut croire à une volonté sincère du
pouvoir qui prétend consacrer le droit électoral, alors qu'il nie
quotidiennement tous les droits les plus élémentaires des citoyens,
particulièrement celui d'exprimer librement leurs opinions. Ces élections semblent
ainsi participer d'une nouvelle démarche du pouvoir pour forcer la
recomposition du champ politique à sa guise, aseptisé, sans aspérités,
consacrant une classe politique coupée de la société, et parfaitement en
phase avec ses objectifs et son despotisme.
Les conditions dans lesquelles se déroulent ces élections, l'opacité et
les pratiques du pouvoir lors du dernier référendum, loin de faire de
cette échéance un moment de clarification et de conquête démocratique
des institutions risquent de jeter davantage de trouble dans la situation
et de compliquer les possibilités de sortie de crise. Si les résultats
réels du référendum n'ont pas fini de livrer leurs implications et
leurs conséquences, ils révèlent, de manière certaine, l'aveuglement du
pouvoir par ses intérêts étroits et montrent son incapacité à entendre les
cris de la société et à répondre aux véritables exigences
incontournables du changement. Insensible à la dégradation politique sur fond de
marasme socio-économique, le pouvoir se refuse de promouvoir de véritables
mesures de relance économique malgré l'embellie financière. Il
fonctionne pour lui-même, coupé de la société, et se laisse tenter par un
glissement dangereux vers un despotisme d'un autre âge fait d'atteintes
répétées contre la liberté de la presse, la liberté d'expression, la
liberté d'organisation, la liberté de conscience, par une répression
systématique. Le fossé ne cesse de se creuser entre le pouvoir et la
société.
L'absence d'enthousiasme au plébiscite pour la charte « pour la
réconciliation et la paix », l'abstention très large qui s'en est suivie vient
confirmer un processus contradictoire et porteur de tous les dangers :
un pouvoir poussant la fraude à un niveau jamais atteint depuis
l'indépendance et se souciant peu de l'opinion publique et de l'expression
réelle du suffrage universel et une société « ingouvernable » par les
méthodes despotiques et anti-démocratiques et qui se tourne, malgré les
retards de conscience et l'effritement des formations politiques, vers
des formes de lutte radicales. L'arrogance du pouvoir, le soir même des
« résultats » du référendum, est édifiante. Les véritables résultats de
cette consultation référendaire auraient du conduire à l'invalidation
pure et simple de la démarche présidentielle visant à consolider une
alliance islamo-conservatrice comme moyen de mainmise sur la société et
l'Etat. Mais ce pouvoir est incapable de s'amender et de s'ouvrir à la
société pour laquelle il ne fait preuve que de mépris.
Les élections partielles s'inscrivent dans le sillage de l'organisation
du référendum. Croire qu'elles participent d'une volonté de prise en
charge du quotidien des citoyens c'est, bien vite, oublier l'immense
bourrage d'urne du 29 septembre; et créditer naïvement ce même pouvoir
fraudeur d'une volonté d'organiser une élection transparente et sincère
dénuée de tout calcul étroit. Refuser de tirer les leçons de toutes les
élections passées, et oublier que l es partis/Etat tiennent leurs
positions dominantes de l'utilisation des moyens humains et logistiques de
l'Etat, qu'ils peuvent utiliser l'administration à leur bénéfice exclusif,
c'est tourner le dos aux véritables solutions. Aujourd'hui il s'agit
pour les forces démocratiques de mesurer à quel point a changé la
perception des citoyens, sur les élections comme moyen de sortie de crise et
de faire face aux visées du pouvoir en comprenant que de larges secteurs
de la population ont tiré des leçons essentielles sur cette question.
C'est dans un tel sursaut des formations modernistes qu'il y aura
dépassement des réactions spontanées que sont l'indifférence et la
désillusion qui se traduisent en partie par la limitation de la participation
aux seuls électeurs militants et surtout aux clientèles des partis-Etats
et partis islamistes; donc par une neutralisation des partis
démocratiques qui prennent part à ces élections et l'isolement des mouvements
populaires.
Il est nécessaire d'opposer aux tentatives du pouvoir de singulariser
la Kabylie, pour mieux l'isoler, une dynamique plurielle et unitaire
dont l'aboutissement serait la résolution de la crise de la nature de
l'Etat et par là même le dépassement du système rentier et bureaucratique
et de l'islamisme opposés à une conception démocratique et moderne de la
nation. Les résultats de ces élections sont déterminés par le cadre
institutionnel dans lequel elles sont organisées et par le climat de
démobilisation et de division que le pouvoir a entretenu. Le MDS appelle à
combattre les dangers de désillusion et de déception dont seul le
pouvoir porte la responsabilité, comme au lendemain des élections
présidentielles, pour garder toutes les chances de relance d'une alternative
démocratique, quels que soient les résultats de ces élections. Le MDS reste
convaincu qu'un éventuel retrait des formations démocratiques qui
participent à ces élections mettrait en échec les man½uvres de division du
pouvoir et ouvrirait la voie à une autre dynamique de sortie de la
crise pour la réalisation d'un consensus démocratique moderne alternatif
à la démarche du pouvoir en alliance avec l'islamisme. Il appelle par
ailleurs l'ensemble de citoyens à boycotter de manière massive et active
ces élections pour faire échec à la démarche du pouvoir. Et a
poursuivre leurs luttes multiformes pour construire leurs organisations et
s'imposer comme interlocuteurs autonomes incontournables et maîtres de leurs
destinées.
Le Conseil National
Alger, le 10 Novembre 2005
MDS Mouvement Démocratique et Social.
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