UN REVE ALGERIEN

Le 22 octobre 2004
« Un rêve algérien »
De Jean-Pierre Lledo
Prix du film documentaire au 20eme Festival « Vues d’Afrique de Montréal ».

(1h50 man., Alg./Belg./Fr. 2003)

Débat en présence du réalisateur et de Henry Alleg


En 2002, Henri Alleg est retourné en Algérie. Le réalisateur algérien Jean-Pierre Lledo, a filmé les retrouvailles du célèbre journaliste et écrivain militant avec ses amis de toujours.
Pour les Algériens, Henri Alleg, c'est d'abord un journal mythique, Alger républicain..
Henri Alleg, son directeur, passe alors dans la clandestinité avant d’être arrêté en 1957 et torturé par les paras français.
Parmi l'un des premiers torturés à révéler publiquement les pratiques de l'armée française, Henri Alleg ; c'est La Question, un livre publié en 1958, en pleine guerre d'Algérie...Henri Alleg pénètre à nouveau dans l’endroit où il a été détenu et où il a été soumis à la « La Question ». Là où disparaîtra son ami, le mathématicien Maurice Audin et d’où sera assassiné l’avocat Ali Boumendjel.
# Posté le dimanche 03 octobre 2004 13:12

MAROC: REPRESSION DES DIPLOMES CHOMEURS

Témoignage transmis à la liste Maghreb-ddh par Samira Mama

Ça devient grave, car ça se banalise : quotidiennement, la répression s’abat sauvagement, gratuitement sur les différents groupes de diplômes chômeurs, ayant pourtant signé des PV d’accord avec les responsables.

Hier, 14 juillet, le groupe unifié des diplômés DESA,encerclé de toutes parts, interdit de passer sur le boulevard, s’est vu pousser vers Souika, où nos diplômés ont eu la bastonnade de leur vie, frappés, pietinés... Horrible à voir, si dégradant.

Pour la section Rabat/ANDC (Association nationale des diplômés chômeurs), c’est une bastonnade quotidienne devant la wilaya ; pour le groupe "Dignité" (ingénieurs d’Etat ; docteurs diplômés de 3ème cycle, le 8juillet, ils ont été attaqués par les chiens policiers et les CMI qui ne se sont pas contentés de les réprimer, non, ils ont même volé plusieurs portables ! Hanane Akil et Choufi Hakima : ont eu les jambes cassés et sont à l’hôpital où elles viennent d’être operées, Kadour Redouane a été touché au dos, j’ai devant moi une liste de 20 noms tous gravement touchés.

Pourtant personne n’en parle, il s’agit pourtant de la liberté de manifester, on ne peut rester les bras croisés à regarder cette mascarade/tragédie. Si ceci arrive a Rabat, qu’en est-il des autres régions ? N’est-il pas temps de dire BASTA !
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# Posté le dimanche 22 août 2004 17:49

Poème pour Miled

Poème pour Miled
J’ai vu l’espoir se traîner
comme se traîne un rire forcé

J’ai vu ma hanche alourdie
par un calibre neuf

J’ai vu l’ombre des êtres aimés
traverser mes insomnies

J’ai vu un poème
écrasé par des blindés

J’habite au boulevard de l’exil
comme on habite une déchirure

Mais qu’importe tout cela
puisque aujourd’hui je vois
dans un miroir ton cœur fêter
une indépendance renouvelée

Dj. B.
# Posté le dimanche 22 août 2004 15:24
Modifié le samedi 20 novembre 2004 06:15

LES ANCETRES REDOUBLENT DE FEROCITE

KATEB YACINE"
Le poète est au coeur du monde ", dit Hölderlin. Pour être au coeur du monde, encore faut-il qu'il soit au coeur du peuple qui est le sien. Il faut que celui-ci se reconnaisse en lui. Ce lien ombilical, rien ne l'illustre mieux que le soulèvement de Tizi-Ouzou; lorsque le wali décida d'interdire, en avril 1980, une conférence de Mouloud Mammeri sur " La poésie ancienne des Kabyles ". A l'appel des étudiants, la population de la ville, puis des régions avoisinantes, sans parler d'Alger, où les Kabyles sont très nombreux, se leva pour défendre, à travers les poètes anciens, la langue des ancêtres. (...)
Pourquoi cette véhémence ? C'est que le tamazight, notre langue nationale depuis des millénaires, est à peine toléré, pour ne pas dire proscrit, dans l'Algérie indépendante !
L'interdiction de cette conférence a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. La population a ressenti cette mesure comme une provocation, une de plus, car de nombreuses manifestations et activités culturelles avaient déjà été annulées dans la même wilaya. C'est ainsi que la troupe de l'Action culturelle des travailleurs, dont je suis responsable, n'a pu se produire devant les ouvriers du complexe textile de Draâ-ben-Khadda, ni au collège d'enseignement moyen (CEM) de Tadmait. Notre pièce de théâtre intitulée la Guerre de Deux Mille Ans, réalisée à l'occasion du vingtième anniversaire de la révolution, n'a pu avoir lieu à Tizi-Ouzou, alors que la même pièce était bien accueillie par la presse et par le public, à Alger et dans d'autres régions d'Algérie. (...)
Avant l'indépendance, quand un enseignant français interdisait l'emploi du tamazight ou de l'arabe à l'école, il était dans son rôle, car il oeuvrait pour l'Algérie française. Aujourd'hui, quand un enseignant algérien, et parfois un coopérant arabe, prétend nous interdire la langue de nos ancêtres, est-il encore dans son rôle ? C'est la négation de l'indépendance, car l'indépendance signifie liberté d'_expression, et l'_expression commence par la langue maternelle, c'est-à-dire le tamazight, pour beaucoup d'Algériens qui ne parlent pas l'arabe, ou ne le parlent que par obligation, comme nous étions obligés d'apprendre la langue française. (...)
L'Algérie offre le spectacle d'un pays subjugué par la mythologie de la nation arabe, car c'est au nom de l'arabisation qu'on réprime le tamazight. (...)
On croirait aujourd'hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent l'arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu'au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m'a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m'a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j'aurais dû parler tamazight - la première langue du pays depuis les temps préhistoriques. Les envahisseurs étrangers n'ont cessé de la refouler. Il y a eu les siècles de domination romaine, arabo-islamique, turque, et enfin française. Tous ces envahisseurs ont voulu imposer leur langue, au détriment du tamazight. Aujourd'hui, par les armes, nous avons mis fin au mythe ravageur de l'Algérie française, mais pour tomber sous le pouvoir d'un mythe encore plus ravageur : celui de l'Algérie arabo-islamique.
L'Algérie française a duré cent quatre ans. L'arabo-islamique dure depuis treize siècles ! L'aliénation la plus profonde, ce n'est plus de se croire français, mais de se croire arabe. Or il n'y a pas de race arabe, ni de nation arabe. Il y a une langue sacrée, la langue du Coran, dont les dirigeants se servent pour masquer au peuple sa propre identité ! C'est ainsi qu'ils se justifient en disant qu'il est important de s'adresser au " monde arabe " dans une langue protocolaire et archaique - même si le peuple n'y comprend rien; ils avouent ainsi qu'ils préfèrent s'adresser à une élite hypothétique, au Caire ou à Bagdad, plutôt que d'avoir recours aux langues populaires, car il existe aussi, brimé comme le tamazight, un arabe algérien que le peuple comprend. Mais ces messieurs n'en veulent pas, pour la bonne raison qu'ils veulent écarter les masses populaires du débat politique. Voilà pourquoi nos bulletins d'information à la TV et à la radio sont en arabe littéraire, et voilà comment un gouvernement s'isole de lui-même, en croyant isoler un peuple qui lui échappe. Et comme l'ignorance engendre le mépris, beaucoup d'Algériens qui se croient arabes - comme certains s'étaient crus français - renient leurs origines, au point que le plus grand poète, Ait Menguellet, leur devient étranger :
J'ai rêvé que j'étais dans mon [pays
Au réveil, je me suis trouvé en [exil
Nous, les enfants de l'Algérie
Aucun coup ne nous est épar[gné
Nos terres sont devenues pri[sons
On ferme sur nous les portes
Quand nous appelons
Ils disent - s'ils répondent :
Puisque nous sommes là, [taisez-vous !
(1) Ait Menguellet chante... Chansons berbères contemporaines, de Tassadit Yacine, édition bilingue berbère-français, co-édition La Découverte-Awal.
Le Monde
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# Posté le dimanche 22 août 2004 15:19

"Femme" ou femmes?

Par Chokri Hamrouni
Comme à chaque année, la Tunisie célèbre le 13 août la fête nationale de la femme tunisienne. Bien que des acquis réels soient réalisées dans le processus d’émancipation des femmes tunisiennes, en matière d’accès à l’éducation et au travail ou encore d’évolution du statut juridique, la situation des femmes tunisiennes, resituée dans un contexte national de fermeture politique et de désenchantement social, souffre de carences évidentesEt ce n’est pas le féminisme de façade et les festivités de camouflage qui pourraient travestir cette réalité. Les Tunisiens ne sont pas dupes, ils se sont accoutumés à des fêtes qui riment à leurs yeux avec usurpation et cache-misère. Fêter la République, quand elle ne l’est pas...Fêter le travail quand le chômage est galopant...Célébrer la journée mondiale de la liberté de la presse (2 mai) lorsque celle-ci est censure et désinformation...Commémorer la naissance du prophète (psl) au moment où la liberté religieuse fait cruellement défaut...

Célébrer la journée de la femme revient aussi à masquer l’énorme fossé qui sépare un discours dithyrambique de « la femme tunisienne émancipée » d’une réalité frustrante pour les deux sexes mais pire lorsqu’elle se conjugue au féminin.

Tout d’abord, je ne peux m’empêcher de faire une remarque sur la forme qui en dit long sur le contenu. Je préfère que l’on parle expressément des femmes tunisiennes et non pas de la « Femme tunisienne », car il serait tristement réducteur de concevoir un modèle de femme unique- comme à l’ancienne- applicable à toutes et partout. Toutes les femmes n’ont pas eu la même éducation, elles n’ont pas les mêmes ambitions et ne se ressemblent guère dans leurs trajectoires personnelles. L’indispensable libération ne peut se faire sans la garantie du droit inévitable à la différence. Faut-il les affranchir d’un modèle dit traditionnel pour leur en imposer un autre pompeusement appelé « moderniste » ? Féministes et misogynes (souvent misonéistes) reprennent pareillement les schémas archaïques de tutelle et d’asservissement lorsqu’ils tentent de réduire « femmes » à « Femme » et lorsqu’ils prétendent en détenir la vérité.

Ensuite, l’une des variables les plus signifiantes pour mesurer le degré d’émancipation des femmes est l’accès à la citoyenneté et la participation active à la vie publique.

De ce côté, on est loin du compte. Dans une société en pleine décrépitude, les hommes et encore moins les femmes ne peuvent aspirer à la majorité et à l’autogestion de leurs affaires. Dépossédés de leur indépendance d’esprit et d’action, ils sont mis sous protectorat présidentiel.

Quand une société perd ses repères et se laisse glisser dans la décadence, c’est toujours les catégories les plus vulnérables qui en premier lieu en payent le prix. En Tunisie, c’est le cas des jeunes, des femmes, des couches défavorisées...

Malheureusement, les acquis des femmes tunisiennes ne sont pas encore solides pour espérer contrecarrer les effets ravageurs et les dommages collatéraux (lorsqu’ils ne sont pas voulus) de toute dictature, la nôtre en particulier.

Il y a un autre élément qui peut nous renseigner sur la réelle conception qu’ont les représentants du régime tunisien de la femme.

En effet, les punitions collectives dont souffrent essentiellement nombre de femmes tunisiennes, trahissent une inclination machiste selon laquelle la femme n’existe qu’à travers son mari, son père ou son frère. Aucune identité propre ne lui est reconnue. Lorsque son homme se voit accusé d’un délit ou d’un crime, une femme est punie au même titre que lui ! Car tout simplement, elle est selon ses bourreaux une partie de lui !
Pire encore, la femme est relégué au rang d’objet désir servant de test à la virilité masculine lorsque des attouchements et des viols lui sont infligés afin de faire taire, renoncer ou extorquer des aveux de son homme.

A l’occasion de la journée du 13 août, il faut adresser un message de respect et de reconnaissance à toutes ces femmes oubliées, qui souffrent anonymement, et continuent de porter le lourd fardeau d’une responsabilité conjugale et familiale sans commune mesure avec les moyens rudimentaires dont elles disposent. Ces femmes martyres, sans oublier celles qui militent au péril de leur sécurité et de leur vie pour une Tunisie meilleure, sont des modèles de femmes courageuses, responsables et incontestablement émancipées. Ce sont elles qui donnent encore un sens au 13 août. Pour elles, je dédie ce texte !
Site: L'autre tunisie
# Posté le dimanche 22 août 2004 15:07