La lutte contre le terrorisme passe par l'anéantissement de l'intégrisme

Le combat contre le terrorisme ne peut se faire sans la lutte et l'anéantissement de l'intégrisme religieux.
Moncef Rédha

En effet, l'intégrisme religieux est en quelque sorte l'antichambre du terrorisme et redevient ces dernières années un véritable fléau pour le monde entier. La montée de l'intégrisme religieux dans plusieurs pays arabes et africains annihile tout espoir d'éradication du terrorisme dans le monde.

Au niveau des mosquées et surtout au cours des jours de la grande prière, les mots de paix et de tolérance disparaissent, laissant la place aux prêches incendiaires et aux incitations à la violence. La fermeture des lieux loisirs et la répression et les formes de violence que subissaient les couples célibataires sont des facteurs qui encouragent l'intégrisme. Endoctrinés par les «fatwas» de plusieurs chouyoukh au niveau de l'ensemble des pays arabes et africains, des milliers de personnes doivent faire l'objet d'une prise en charge particulière leur permettant d'effacer de leur mémoire les idées diaboliques dictées par des personnes qui rêvaient de revenir au Moyen âge.

Ces personnes doivent comprendre que les êtres humains doivent chasser la haine, rejeter la violence et qu'ils sont condamnés à vivre ensemble dans cette vie que personne n'a choisie. Ces personnes doivent savoir que quel que soit la religion, il n'y a aucune différence entre les êtres humains du monde entier. Elles doivent comprendre qu'aucun être humain sur la terre ne détient les clés du paradis ou de l'enfer.

Les humains sont égaux, ils doivent rejeter toute forme de racisme ou d'extrémisme.

Quant aux personnes responsables des génocides, des actes de barbarie, des attentats et des décapitations, elles doivent être poursuivies dans le monde entier. Ces assassins doivent être jugés et sévèrement punis.

La seule guerre qui pourrait être bénéfique et au profit de l'être humain, c'est le combat contre la pauvreté et contre l'obscurantisme. Les conflits peuvent être réglés pacifiquement entre les pays et en cas de divergence grave, l'Organisation des Nations unies tranchera. L'élimination de Ben Laden ou de n'importe quel autre sanguinaire ne fera pas arrêter le terrorisme car il faudrait en premier lieu s'attaquer à l'origine de ce fléau qu'est l'intégrisme religieux.


La Nouvelle République(Alger)
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le mardi 09 novembre 2004 17:08
Modifié le mercredi 10 novembre 2004 18:09

Mohamed Boudiaf

Mohamed Boudiaf
Site: "Tousensemble"
<Tousensemble@algeriensemble.com>

E=mail: AlgeriEnsemble@wanadoo.fr
Date: Mon, 8 Nov 2004 02:22:35 +0100


El watan publie une interview de notre camarade Annie Rey-Goldzeiguer sur Mohamed Boudiaf.
Pour nous qui avons connu, aimé, estimé Mohamed Boudiaf, de son séjour à la prison de Fresnes, en 1960, jusqu'à son assassinat le 29 juin 1992, nous partageons ce qu'en dit Annie.



En marge de la commémoration du cinquantenaire du 1er novembre 1954, il est important que le rôle et la personnalité de l'homme qui fut l'organisateur, élu à bulletin secret par ses compagnons pour coordonner le FLN de 1954, soient soulignés.


Rappelons que Mohamed Boudiaf, arrêté brutalement au printemps de1963, sur ordre de Ben Bella (avec un gouvernement dont faisait partie Bouteflika) a publié, en 1964, un livre "Où va l'Algérie" et qui anticipait sur les années sombres qu'a subies l'Algérie et dont il nous a confié l'édition.



Mohamed Boudiaf m'a confié également qu'il avait rédigé un livre sur l'histoire du FLN de 1954 à 1962, qu'il souhaitait faire éditer. Après son assassinat, le manuscrit a été entre les mains de son épouse Fatiha Boudiaf. Le moment est peut-être venu de le publier pour servir de contribution à l'Histoire de l'indépendance de l'Algérie



Simon Blumental

association AlgériEnsemble

----------------------------------------------------------------------------------------------

ci-dessous l'interview d'Annie Rey-Goldzeiguer





Mohamed boudiaf
L'homme de Novembre

Historienne, militante anticolonialiste et pour l'indépendance de l'Algérie, Annie Rey Goldzeiguer brosse le portrait, « un portrait à plusieurs facettes » de Mohamed Boudiaf, auquel elle était liée par une profonde amitié, avant même de le connaître physiquement, alors qu'il était en prison.A son sens, 's'il est un homme qui incarne le 1er Novembre 1954, c'est bien Mohamed Boudiaf.

Mohamed Boudiaf était un grand seigneur. Il avait un port d'aristocrate, une intelligence très fine. Il lisait énormément. Mohamed était un homme intègre, vertueux. Un homme très structuré, un organisateur né. Mohamed Boudiaf était animé d'une volonté de démocratie réelle. Il avait beaucoup souffert du manque de démocratie du PPA, des cooptations. Il pensait que c'était au contraire, en laissant s'épanouir la démocratie, que le peuple algérien avancerait.

Il voulait que l'Algérie intègre la modernité
Notre groupe, qui s'est formé fin 1955, était constitué d'anciens communistes qui avaient peu à peu pris des distances avec le parti. On était des porteurs de valises. Nous avions des contacts très étroits avec certains des nationalistes algériens emprisonnés. C'est dans ces conditions que nous avons eu un dialogue avec Mohamed Boudiaf. Mohamed Boudiaf, c'est d'abord l'interlocuteur que je ne connaissais pas, et avec qui j'ai dialogué à travers les murs de la prison.
On s'est connus sans se connaître. On se connaissait d'autant que Gérard Spietzer, qui faisait partie du groupe, a été arrêté et placé en détention avec Boudiaf. Pendant la période précédant le 1er Novembre 1954, Mohamed Boudiaf a joué un rôle essentiel et a continuellement oeuvré à l'unité du mouvement nationaliste. Gilbert Meynier (historien) affirme que Mohamed Boudiaf a été centraliste, ce n'est pas vrai. Boudiaf ne pouvait pas être centraliste, il était pour l'unité. Il a créé le CRUA qui a échoué, puis les 22. C'est à partir de là qu'a été décidé le recours à la lutte armée, avec l'idée qu'il fallait la lancer et que le peuple suivrait. Il y a tout l'apport de Mohamed Boudiaf, en particulier dans l'OS, au sein de laquelle il a joué un rôle très important. Il s'était même entraîné à devenir un militaire clandestin.



Les membres de l'OS éprouvaient pour Boudiaf un attachement filial. Il ne les a pas abandonnés, il les a soutenus. Les activistes ont lancé le 1er Novembre 1954 en sachant qu'il n'y aurait pas d'alternative, qu'il n'y aurait pas de négociations de troisième force. C'est Mohamed qui est chargé de la logistique. Il avait déjà prévu les voies d'acheminement des armes et des munitions. Le 1er Novembre 1954, j'étais catastrophée. Je me suis dit, ils vont dans le mur. Cela va recommencer, comme au 8 mai 1945. Lancer l'insurrection dans l'état de décomposition du PPA, c'était, à mon sens, de la folie. A Niort, il y avait Messali, à Alger, le comité central. Deux congrès se sont tenus, l'un au Hamma, l'autre à Hornu. Ce n'était pas une explosion, comme le 8 mai 1945, le 1er Novembre 1954, c'était plus limité. Les Français, au début, n'y ont pas cru. C'est ce qui a peut-être permis la lente ruralisation du mouvement de Libération. A partir du moment où les masses ont été jetées en 1955 dans la lutte, celle-ci prenait une autre tournure. Zighout avait fait du bon travail, militairement parlant, lui qui n'avait rien de militaire.



Libérés de prison, Boudiaf et ses camarades sont rentrés en Algérie. Moi, je ne pouvais pas partir à ce moment-là. Je suis arrivée à Alger le 12 ou 13 juillet 1962. La ville était encore en fête. On avait le sentiment que le peuple algérien s'était levé pour dire qu'il était capable de tout. Notre groupe retrouve Boudiaf. Nous avons parlé toute une nuit. On sentait de fortes tensions. Très vite, on s'est rendu compte que la scission était irrémédiable, que deux options différentes s'affrontaient : l'une consistait en une démocratie bien organisée, et l'autre, c'était l'armée. Lorsque les troupes d'Oujda sont entrées à Alger, nous avons pris (le groupe de Paris) un taxi à destination de l'aéroport. Nous n'étions pas des pieds rouges. Nous venions en Algérie parce que nos amis étaient là, parce que c'était notre combat. Nous pensions pouvoir aider à la renaissance de l'université d'Alger. J'étais prête. Je pensais qu'il allait y avoir un moment difficile, et qu'il fallait que, nous, Français, nous assurions la transition. A ce moment-là, nous étions très liés avec Taleb Ibrahimi et Layachi Yaker.



Une formidable capacité d'organisation
Nous avons suivi, effondrés, l'installation de Ben Bella. Il y a eu une conjonction étonnante des services français - on le trouve dans les archives le nom de Ben Bella - et les services égyptiens pour « promotionner » Ben Bella. Je mène une recherche sur l'action menée sur le long terme par les services de renseignements français, action que les nationalistes algériens n'ont pas pris suffisamment en compte. Nous apprenons, à Paris, l'arrestation de Mohamed Boudiaf. Un historique emprisonné par l'armée ! C'était quand même incroyable ! Mohamed nous avait envoyé ses notes. Je les ai encore. Le groupe s'est réuni pour décider de ce que l'on allait en faire. Nous avons mis en forme les notes, et cela a donné Où va l'Algérie ?. Le livre était prêt. On allait le publier. C'était en 1963. Un jour, on sonne à la porte, j'ouvre : je me trouve devant Mohamed. Je le revois encore avec son trench-coat. Il me dit : « Je n'ai rien, même pas un bagage. »

Il est resté plusieurs mois chez moi. Pendant presque un an, il tente de faire une percée politique avec le PRS dans l'immigration, d'une part, par la distribution de tracts, des conférences, d'autre part, par un travail vers les anciens de la Fédération de France, mais aussi en province, à travers des tournées. Je me souviens de la première conférence qu'il avait faite. C'était dans une salle du 5e arrondissement de Paris. Il avait parlé du projet qu'il avait pour l'Algérie, un projet de pays démocratique où l'armée rentrerait dans ses casernes. Un homme s'est levé, lui a posé toute une série de questions qui m'ont étonnée par la précision et par le relent des positions de Krim Belkacem. C'était un Français. C'était Yves Courrière, qui écrira Les Enfants de la Toussaint, Le Temps des léopards. Grand seigneur, Boudiaf l'était, et il donnait sa confiance absolue. Il ne croyait pas en la mauvaise foi des gens. Non, ce n'était pas de la naïveté. C'était de la grandeur d'âme. Il était tellement sûr d'avoir un projet cohérent pour l'Algérie que ceux qui venaient à lui devaient être conquis.

Il a été très vite pris en mains par des gens qui n'étaient pas crédibles. A côté de ceux-là, j'ai vu des gens merveilleux, Boubnider, par exemple, qui a vécu à la maison, lui aussi. J'ai vu arriver des gens de valeur, comme Si Moussa. Mais Boudiaf s'est laissé enfermer par un petit groupe qui a fait barrage. L'analyse faite par Mohamed Boudiaf du 1er Novembre 1954 (Où va l'Algérie ?, ndlr) est une des meilleures contributions - sinon la meilleure - qui ait été apportée à celui-ci. Il savait de quoi il parlait.

Quand Mohamed Boudiaf a été rappelé en Algérie en janvier 1992, j'ai eu la réaction de tous les Algériens : c'est la dernière chance. Lui seul, par sa volonté, par son intelligence, par sa capacité d'organisation qui était formidable, pouvait sortir l'Algérie de la crise dans laquelle elle était plongée. C'est alors que mon mari et moi lui avons téléphoné. Roger, mon mari, lui dit : « Je suis prêt à venir. Si tu es en danger, il faut te protéger. » Quand j'ai entendu l'intervention de Mohamed sur la corruption, je me suis dit : « Il se met en danger. » Il y avait trop d'intérêts en jeu. Il fallait combattre la corruption, mais pas le dire. La mort de Mohamed a été pour nous, à la maison, un coup très dur. Mon mari a eu, à ce moment, une grande dépression, parce qu'il s'est cru fautif de ne pas y être allé. Il a commencé à perdre la mémoire.

Aux origines de la guerre d'algérie

Annie Rey-Goldzeiguer est l'auteur de Aux origines de la guerre d'Algérie 1940-1945 - De Mers-El-Kebir aux massacres du Nord-Constantinois, éditions La Découverte et Casbah. Jeune étudiante à Alger, Annie Rey-Goldzeiguer a vécu les massacres de mai 1945 à Sétif et Guelma. Annie Rey-Goldzeiguer est également l'auteur, avec Jean Meyer et Jean Torrad d'Une histoire de la France coloniale (Pocket, coll. Agora, 1996). Dans l'entretien qui suit, elle raconte : « Je suis revenue d'Alger en juin 1945 où j'étais étudiante depuis deux ans. Le 8 mai 1945, j'étais à Alger. Quand je suis partie, j'ai fait un serment : je ne reviendrai à Alger qu'après l'indépendance de l'Algérie. J'ai été très marquée par les événements de 1945, parce que, quoi qu'on en dise, à Alger, nous voyions un certain nombre de choses. J'ai vu les avions qui piquaient sur le Djurdjura et les bombes qui tombaient. J'ai entendu aussi les bateaux de guerre. Je suis revenue en France en 1945 très anticolonialiste. Je croyais à la révolution, peut-être pas générale, mais au moins en France. J'étais décidée à me battre pour que cet idéal que nous portions réussisse. C'était, d'abord, une libération du joug colonial, une libération de l'individu, et pour moi, l'individu c'était la femme. Je croyais qu'il faudrait une révolution pour transformer les choses, et qu'on pourrait faire une révolution à la Gandhi. La France, ce n'est pas l'Inde. On s'en est rendu compte très vite. »



Nadjia Bouzeghrane – El Watan 7.11.04
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le mardi 09 novembre 2004 16:55
Modifié le dimanche 30 octobre 2005 16:50

N'abandonnons pas l'obsession d'une paix juste et durable, par Une autre voix juive

N'abandonnons pas l'obsession d'une paix juste et durable, par Une autre voix juive
POINT DE VUE
LE MONDE | 27.09.04 | 14h43

Parce que nous ne pouvons pas supporter l'horreur devenue quotidienne au Proche-Orient ; parce que quelques institutions et quelques hommes publics monopolisent abusivement l'expression des Français juifs ; parce que nous rassemble une certaine idée de l'humanité ; parce que, devant les répercussions en France du conflit du Proche-Orient, la résurgence de l'extrême droite, et la recrudescence d'actes antisémites, nous sommes amenés à revendiquer publiquement la part juive de notre identité personnelle, nous avons décidé de nous exprimer collectivement.

Citoyennes et citoyens de la République française, nos conceptions philosophiques, nos opinions politiques, nos références culturelles, nos rapports à la religion sont divers.

Descendant-e-s de longues lignées d'hommes et de femmes persécutés, méprisés, bannis, pourchassés depuis des siècles, nous luttons contre toute forme de persécution, d'oppression, comme nombre de nos parents l'ont fait avant nous.

Nous sommes filles et fils de cette République française, qui, dès son origine, a accordé la citoyenneté aux juifs. Nous nous réclamons de ses valeurs. La position de chacune et chacun d'entre nous face à l'héritage juif est diverse, mais le souvenir de l'extermination, la conviction qu'elle n'appartient à personne, qu'elle ne peut justifier aucun nationalisme, nous font un devoir de parler comme nous le faisons.

Certains d'entre nous ont pour Israël un attachement particulier que d'autres ne partagent pas, d'autres récusent le principe même du projet sioniste. Nous considérons cependant tous que, né dans les conditions historiques laissées par les ruines du fascisme hitlérien, le peuple israélien a droit à un Etat aux frontières sûres et reconnues, dans le cadre des résolutions de l'ONU.

Mais nous n'autorisons ni l'Etat d'Israël ni les institutions qui, en France, prétendent représenter les citoyens juifs, à parler en leur nom. Nous nous révoltons contre l'oppression coloniale dont souffrent la Palestine et les Palestiniens du fait du gouvernement d'Israël. Nous ne croyons pas que l'on combatte l'antisémitisme en laissant les Israéliens devenir un peuple d'oppresseurs. Il n'y a paix et avenir pour le peuple israélien que dans une coexistence pacifique et loyale avec le peuple palestinien.

Nous soutenons tous ceux qui, en Israël, en Palestine et ailleurs, œuvrent courageusement pour la paix, pour la justice, pour l'égalité des droits, contre la politique criminelle de M. Sharon.

En France et ailleurs, de nombreux démocrates (parmi lesquels de nombreux juifs), sont victimes d'intimidations : ils se voient accusés d'antisémitisme, au seul motif qu'ils combattent la politique menée par le gouvernement israélien ou réclament le respect par Israël des résolutions de l'ONU, des engagements pris à Oslo.

Que cherche-t-on en pratiquant ces amalgames ? Que cherche-t-on en multipliant les agressions verbales et les menaces physiques contre ceux, juifs ou non, qui exercent leur responsabilité de citoyens en condamnant publiquement la politique israélienne actuelle ? Que cherche-t-on en donnant au judaïsme confisqué un visage repoussant ?

Nous refusons le jeu de l'actuel gouvernement israélien qui, pour renforcer son potentiel d'expansion, cherche à accroître l'immigration en Israël, et s'accommode des résurgences de l'antisémitisme.

L'antisémitisme d'aujourd'hui a certes ajouté une dimension à l'abject en qualifiant les atrocités nazies de "détail de l'histoire". Mais certains d'entre nous pensent que, à l'inverse, soutenir qu'il n'y a d'autre crime contre l'humanité que l'extermination des juifs par les nazis, c'est nourrir les sources mêmes du négationnisme. Nous ne réclamons aucun privilège pour les juifs en tant que victimes : nous nous dressons contre toute oppression. La politique israélienne actuelle n'a certes pas pour but l'anéantissement physique du peuple palestinien, mais plusieurs d'entre nous se demandent si, prise dans son ensemble, ses inspirateurs et ses exécutants ne relèveraient pas de la Cour pénale internationale.

Depuis la parution de notre premier manifeste, en avril 2003, des éléments graves visant à créer l'irréversible sont apparus, en même temps que des motifs très fragiles d'espoir. Nous voulons appuyer les efforts qui ont conduit au processus de Genève. Nous voulons contribuer à créer un mouvement d'opinion capable d'imposer l'arrêt de la politique de M. Sharon, maintenant soutenue explicitement par l'actuel président des Etats-Unis d'Amérique. Tous deux violent en permanence le droit international et mettent en péril le règlement négocié des conflits entre Etats conformément à la Charte des Nations unies. Tout cela rend problématique l'application de l'accord d'association Union européenne-Israël.

M. Sharon et M. Bush se comportent en croisés de la lutte contre le terrorisme. Mais leur politique alimente celui-ci en permanence. Les signataires condamnent toutes les forces qui au Proche-Orient entendent répondre à la violence de la politique israélienne par des attentats en Israël contre des civils sans défense. Ces attentats, moralement injustifiables, sont des armes contre la réalisation des droits nationaux palestiniens. Leurs organisateurs, leurs soutiens financiers et politiques doivent être pourchassés, traduits devant des tribunaux et lourdement condamnés. Mais l'assassinat "ciblé" n'est ni une réponse conforme au droit ni de nature à enrayer ces crimes.

Il faut priver ceux qui ne reculent ni devant le sacrifice de jeunes vies ni devant le recours aux formes d'action les plus condamnables de tout soutien dans la population. Pour ce faire, il faut négocier immédiatement et arrêter les actes qui poussent au désespoir le peuple palestinien.

Nous condamnons les campagnes d'opinion visant à présenter la France comme "un pays antisémite". Mais cela ne saurait impliquer de notre part aucune forme d'indulgence vis-à-vis du racisme, quelle qu'en soit la forme. Certains développent un langage de haine et des actes racistes contre les Français issus de l'immigration, en particulier d'origine arabe. Des citoyens français ont peur parce qu'ils sont juifs et parce que, de nouveau, ils entendent et subissent des attaques antisémites. Rien, et en particulier pas la politique israélienne, ne saurait légitimer une forme quelconque de vindicte contre les juifs.

La loi française fait du racisme et de l'antisémitisme un délit. Nous souhaitons la voir appliquée avec la dernière rigueur, en particulier contre les instigateurs, qu'on les trouve dans les mouvements d'extrême droite, qu'ils se dissimulent derrière le discours intégriste musulman, ou encore se drapent dans le soutien au peuple palestinien en véhiculant la haine des juifs. Le racisme et l'antisémitisme se renouvellent, mais leur but reste le même qu'hier : la désintégration des institutions, des valeurs, des fondements de la démocratie et de la citoyenneté.

Notre solidarité avec le peuple palestinien ne nous entraînera jamais à la moindre collusion avec ceux dont la sollicitude pour la Palestine n'a comme ressort que la haine des juifs. Nous condamnons les forces palestiniennes opposées à l'existence de l'Etat d'Israël.

Il reste que le peuple palestinien :

- a des droits imprescriptibles sur une terre occupée aujourd'hui par les forces armées du plus surarmé des Etats du Proche-Orient ;

- a le droit imprescriptible d'y fonder, dans les conditions garanties par la Charte des Nations unies, l'Etat de son choix ;

- a des droits imprescriptibles sur la ville de Jérusalem, capitale à partager ;

- a le droit de voir ses exilés et ses réfugiés choisir, dans des conditions à négocier, entre un retour viable sur la terre de leurs ancêtres et une juste indemnisation.

Tout ce qui s'oppose à la réalisation de ces droits nourrit la guerre sans fin, les atrocités, la haine.

Le mur qui vise à parquer la population palestinienne, à annexer de nouveaux territoires, et qui enferme la population israélienne dans un ghetto doit être démantelé.

Parce que le XXe siècle finissant a connu l'effondrement de systèmes violemment oppressifs, nous croyons possible et nécessaire l'établissement d'une paix juste et durable au Proche-Orient, comme le prouve maintenant le processus inauguré à Genève qu'il faut s'employer à conforter par tous les moyens. La France mais aussi l'UE doivent s'y engager, en créant les conditions d'initiatives de paix et en visant à mettre en œuvre le déploiement d'une force internationale

Certains composent avec le chauvinisme, le communautarisme et voudraient nous faire taire. Nous ferons entendre, obstinément, la voix de Français juifs, ou d'origine juive, qui soutiennent les idéaux de démocratie, de liberté, d'universalité des droits humains et des droits des peuples.

tchapaiev@operamail.com

Une autre voix juive, ce second manifeste a été signé par un millier de personnes.

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 28.09.04
# Posté le mercredi 13 octobre 2004 19:04
Modifié le lundi 18 octobre 2004 10:18

Un 1er Novembre pour les Libertés

Un 1er Novembre pour les Libertés
L’insurrection armée déclenchée le 1er novembre 1954 a fait subir à l’ordre colonial un revers historique. Pour avoir rendu possible la défaite de ce système fondé sur la domination et l’arbitraire, ce 1er novembre fait partie des fondements idéologiques, politiques mais aussi symboliques de l’Algérie moderne. Malgré les avatars de l’indépendance – de Ben Bella à Bouteflika, les hommes qui ont dirigé le pays ont lamentablement échoué face aux attentes de novembre – , cette date symbole continue d’incarner dans la conscience des Algériens les idéaux de liberté et de justice. Et c’est à son essence émancipatrice que se réfèrent encore aujourd’hui les nouvelles générations investies dans les luttes pour la conquête de leurs droits sociaux, économiques et culturels.
Les rédacteurs de l’appel du 1er novembre 54 ne se sont pas trompés : « La lutte sera longue et l’issue incertaine… » A peine émergée d’une décennie de terreur qui l’a laissée exsangue, l’Algérie se trouve plongée dans un cycle de régression. De nouveau, les promesses de novembre se dérobent. La dérive planifiée touche le champ des droits et des libertés, sans exclusive. Chaque jour qui passe voit les maigres acquis démocratiques perdre du terrain, les libertés publiques fondamentales remises en question, les lois constitutionnelles soumises à la volonté du Prince. Chaque jour qui passe voit l’arbitraire triompher de la justice, la force brutale mater l’expression critique et les voix dissidentes. La liberté de la presse, encore à ses balbutiements, est menacée de liquidation. A peine conçus, les programmes de transformations sociales sont dévoyés par la corruption et la mafia, par les clans rentiers…
Depuis la mascarade plébiscitaire du 8 avril dernier, Bouteflika, le nouvel homme fort du système, mène un véritable programme de « pacification » de la société. Les instruments institutionnels nécessaires à la réalisation de ce projet sont en train de passer sous son contrôle personnel ou entre les mains de ses alliés. Grâce à ce dispositif, qu’il peaufine et améliore à mesure de ses besoins, il a réussi à faire tomber les quelques contre-pouvoirs que la société civile avait réussi à arracher de haute lutte.
Aux revendications sociales, économiques, linguistiques ou culturelles, aux aspirations de justice, le régime répond par la répression. En Kabylie, il tire à balles réelles sur des manifestants, organise des rafles parmi les délégués du mouvement des aârouch. A T’kout, il torture, puis emprisonne. A Labiod Sidi Cheikh, il organise la chasse aux animateurs des comités citoyens et incarcère sans procès. Des centaines de protestataires ramassés dans des marches pacifiques sont inculpés de troubles à l’ordre public, de délits d’attroupement. La machine répressive, police, gendarmerie et tribunaux, fonctionne à plein contre des journalistes, des syndicalistes. Toute contestation sociale est criminalisée : l’ennemi intérieur, le criminel, c’est Mohamed Benchicou et son journal Le Matin, qui ose donner la parole aux insurgés de Kabylie, aux torturés de T’kout, aux syndicats autonomes, aux femmes en lutte contre des lois sexistes et discriminatoires, qui dénonce l’imposture et la corruption des cercles proches du pouvoir. Le délinquant, c’est le militant des Droits de l’homme Ghoul Hafnaoui qui révèle les turpitudes et les malversations des pouvoirs publics et des féodalités mafieuses locales, c’est le cadre intègre qui refuse la dilapidation du patrimoine public, le détournement des richesses nationales…
Tout se passe comme si les acquis démocratiques arrachés par la société algérienne depuis l’Indépendance dans une lutte patiente et, depuis octobre 1988, dans le sang et la douleur, n’étaient pas un tribut payé par un peuple déjà meurtri dans son histoire mais une offrande du pouvoir nationaliste qui reprendrait son présent aussi facilement qu’il l’aurait concédé. Il ne faut pas que les fruits fragiles de ce double combat – contre l’intégrisme et contre l’arbitraire d’un pouvoir illégitime – qui compte parmi les plus tragiques de ce siècle, et les plus exemplaires, soient considérés comme des artefacts. Nous ne voulons pas que la tragédie de notre peuple, au cours de laquelle il a forgé le début de ses libertés démocratiques, soit considérée comme une récréation qui doit finir. Les hommes et les femmes qui ont pris courageusement les armes il y a cinquante ans pour lutter contre une des plus grandes puissances économiques et militaires du monde l’ont fait parce qu’ils ne supportaient plus l’injustice, l’oppression, le déni de leur Histoire et des libertés individuelles. Cinquante ans après, nous nous joignons à ceux qui ne supportent plus les mêmes atteintes. Avec eux, nous disons NON à l’ordre régalien !
Libertés confisquées, Droits de l’homme bafoués, presse libre menacée… Cinquante ans après novembre 54, tout est à reconstruire. Le 1er Novembre appartient à l’Algérie des opprimés… Réapproprions–le nous ! Défendons nos libertés ! Dédions cet anniversaire aux prisonniers politiques des mouvements citoyens de Kabylie, du Sud, des Aurès, à Ghoul Hafnaoui, à Mohamed Benchicou, journaliste directeur du Matin, condamné à deux ans de prison… A toutes les victimes de l’oppression.
Paris, le 29 septembre 2004
Collectif pour la Liberté de la Presse en Algérie (Paris)
# Posté le mercredi 13 octobre 2004 18:51
Modifié le lundi 18 octobre 2004 10:06

Hommage à Jacques Derrida

Hommage à Jacques Derrida
Chers amis,

Jacques Derrida est mort dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9
octobre.

Il venait de signer le Manifeste des libertés, en disant à l’un d’entre
nous : "Je ne fais pas partie des amis du Manifeste, je suis avec
vous."
Il revendiquait d’être juif, français, maghrébin, citoyen du monde, en
même temps que de critiquer tout cela autant qu’il le pouvait, d’être
dedans/dehors quoi qu’il arrive, dans une langue qu’il aimait mais qui
ne
lui appartenait pas ("Une langue, ça n’appartient pas").

Nous saluons en sa personne un grand intellectuel, qui n’hésitait pas à
se
mobiliser pour les causes qu’il considérait comme justes : c’est ainsi
que
nous l’avons vu à Nantes, en 1994, monter sur une table, au coeur d’une
manifestation devant le service des visas aux étrangers, pour dire
toute
la colère qu’il avait contre la politique française d’alors de
restriction
de visas et de papiers de séjour, en pleine montée de l’islamisme en
Algérie. Nous avons choisi de reproduire cet extrait de l’une de ses
dernières interviews, publiée dans "le Monde" du 19 août 2004, parce
qu’il
y trace une certaine idée potentielle de l’Europe, une promesse
d’Europe
faite de lumières, d’autocritique et de démocratie à venir. Nous ne
pouvons que nous retrouver dans cette pensée, nous qui refusons toutes
les
assignations figées affectant le monde arabo-musulman, et en cherchons
la
promesse.

Son interview sur notre site :
http://www.manifeste.org/article.php3?id_article=94

Cordialement, Le Collectif du Manifeste des Libertés

______________________________________________
Liste d'information du Manifeste des Libertés

Site : http://www.manifeste.org
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]
# Posté le mercredi 13 octobre 2004 16:27
Modifié le lundi 18 octobre 2004 10:15