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BOUGIE, CAPITALE DU MONDE

BOUGIE, CAPITALE DU MONDE
Il est passé 3 heures du matin, l'heure où Bougie, mon
fantôme préféré, vient éclairer ma nuit... Alors j'en
veux à Eluard (où bien est-ce Breton ?) d'avoir écrit
que "Nantes est la seule ville où quelque chose de
grand peut m'arriver
". A l'époque où j'ai lu cette
phrase, j'ai aimé Nantes. J'y suis parti. J'ai pris un
café à une terrasse du Boulevard des Cinquante
otages
. J'ai visité le foyer Sonacotra, là où l'on m'a
conté la légende de Manouchian et de l'affiche rouge.
J'ai connu des pêcheurs et la dignité des veuves de
pêcheurs disparus en mer. Il y a prés de 30 ans de
cela... Quand mon pays était fier. Mais j'en veux
toujours au poète qui m'a fait aimer Nantes. je lui en
veux aussi d'avoir disparu sans connaître Bougie.
Voilà que Bougie, cette coquette, vient s'insinuer
entre l'écran et le clavier en me chuchotant "La
poésie n'est pas dans ce que tu écris... La poésie,
c'est moi
".
Comment répondre à cet ukase ?
J'ai la sensation que Bougie s'étale à l'infini et le
coeur trop étroit pour la contenir. A mesure de mon
absence elle devient un continent et colore les murs
de la chambre. Ma ville est capricieuse : elle est
résistante, et une fois la guerre finie, elle donne
naissance aux poètes qui sont parfois ingrats, la
quittent comme on boude l'être aimé puis reviennent,
toujours charmés.
Si Eluard (où Breton ?) était de ce monde, je lui
apprendrais le berbère pour me dise ma ville... Ma
ville, ensuite le monde. Bougie est si proche : le
temps d'arriver à l'aéroport...
Djamal Benmerad
# Posté le mardi 19 juillet 2005 19:08
Modifié le dimanche 30 octobre 2005 12:23

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