Mutilation

Manifeste rédigé par
Bey. Laghouati. Sebti. Touati.



Colloque restreint pour un trottoir adressé bénévolement et impérativement
au Grand Colloque du luxueux Club des Pins
« statuant l'avertir » de notre culture populaire...
pour un dialogue ouvert...succinctement.
DROIT de naître en ayant conscience d'avoir écrit entre deux eaux, l'expérience d'un homme remettant sans cesse en question la conciliation tenté
DROIT d'affirmer nos exigences, et, par une prise de position réfléchie à l'égard de celles-ci, préparer nos armes en vue de la controverse certaine
DROIT de tenter à ciel ouvert une utilisation de la langue provisoirement imposée dans un but authentiquement progressiste, conscients que l'oeuvre, si elle doit être consacrée aujourd'hui, ne restera pour les générations à venir qu'une manifestation concrète des luttes nécessaires en leur temps en vue de préparer des ouvertures plus rationnelles
DROIT en cette époque de transition de reconnaître sans vergogne que cette langue rassemble autour d'elle une audience que nos différents dialectes n'atteignent pas - étant plus des facteurs de séparatisme linguistique et «régionaliste» qu'un facteur de regroupement effectif
DROIT de prendre le relai, conscients que notre parole sera submergée demain par ceux-là même a qui nous aurons apporté un langage rénové - moins au niveau de l'écriture, le contenant étant toujours basé sur les exigences esthétiques favorables à la langue étrangère utilisée, qu'au niveau du contenu, les thèmes développés nous appartenant en propre - car notre, aspiration légitime est de soumettre la langue française aux seules exigences, non pas de nos intellectuels éclairés à l'aise dans leurs mots châtiés, mais bien à celles de nos ouvriers et paysans, à leurs enfants qui connaissent la vraie valeur du mot simple et quotidien - celui qui réclame, qui quémande, qui mendie - ce CRI qui se dispense de toute phrase. Pour un poème ouvert dont nous tenterons de plier l'esthétique aux lois rythmiques de notre langue populaire portée et chantée, aux lois sémantiques de nos dialectes dont nous reforgerons la richesse en en recherchant les images originales, en les réinventant tout en acceptant le stade laborieux de la traduction la plus fidèle possible. Pour un poème-suicide véhiculant lui-même ses germes empoisonnés et mortels, diront certains. NON. Plutôt pour un poème contre-poison. Car dans ce périlleux compromis qu'est le bilinguisme, la victoire est à ceux qui viendront dans quelques décades sans avoir vécu notre déchirement - déchirement dont ils prendront connaissance par notre témoignage et par diverses autres sources d'information. Surtout que notre témoignage ne soit pas le reflet de digressions par trop individualistes mais qu'il s'inscrive dans une lutte commune pour une libération et une indépendance culturelles. Peut-être qu'à ce prix il s'inscrira dans un contexte plus universel, celui de la lutte pour la désaliénation de l'homme triomphant de toutes les forces contraignantes.
DROIT de laisser à ceux qui ont choisi le pourrissement certain en dépensant leur énergie dans une recherche esthétique pure, le soin de se condamner eux-mêmes
DROIT de prouver le tort et de condamner ceux qui, par opportunisme béat et par démagogie facile, prostituent le mot POESIE dans leurs divagations malsaines
DROIT de donner vie au poème-tract s'il s'avère nécessaire aujourd'hui et pourvu qu'il suscite la contestation. L'Histoire saura le prendre en charge ou l'ignorer
DROIT de laisser à ceux qui tentent une adéquation totale entre engagement et esthétique, la possibilité de dévoiler leurs travaux devant une CRITIQUE CONVAINCANTE ET LUCIDE
DROIT D'EFFECTUER NOTRE RECONVERSION DEVANT TOUS car en nous critiquant ils seront contraints de faire leur propre auto-critique. Nos problèmes sont les leurs et pour nous, écrire n'est qu'un moyen en vue d'apporter notre humble contribution à l'établissement d'une authentique culture populaire et non populiste
De front nous voulons construire des écoles, alphabétiser, mener à bien notre chant. Le seul véritable, celui qui ne nous appartiendra plus exclusivement, car il sera le lieu de rencontre de tous
DROIT d'affirmer notre désir de ne plus être notre seul juge et de s'entendre dire «NON» par autrui pourvu que cela soit fondé, de se voir rejeter si cela est salutaire. Nous ne démissionnerons s'il est nécessaire qu'après avoir été confrontés devant tous
Ces textes témoignent d'une existence encore embryonnaire. On peut naître prématuré et mourir par asphyxie sous les pressions du monde ambiant déjà en place. La naissance peut être tumultueuse; on peut aussi naître mort. Celui qui ASSISTERA «l'écrivant» par la lecture réfléchie de ces textes, des textes à venir, fera Son Diagnostic. Quand sera donnée la possibilité de regrouper tous ces diagnostics, l'heure du constat, de la contestation, du renvoi ou de l'admission sonnera.

QUE LES INTELLECTUELS S'EXCITENT
QUE LES « CLASSES » JUGENT
MAIS QUE SEUL LE PEUPLE DECIDE
Très humblement « comme il ne se devrait plus »

NOUS
bey. laghouati. sebti. touati.
Publié en 1968 par la revue Souffles

# Posté le lundi 20 juin 2005 19:07

Abdelmadjid KAOUAH : KATEB

POESIE

KATEB
à Kerroum Mehenni

Quand Constantin
De loin acheva
la conquête du Rocher
Il ignora César épris de stratégie
La Petite-Brèche

Quelques siècles plus tard
le temps d'un inceste impérial
Un écrivain public
Y installa son établi
Sur les flancs asséchés du Rhummel
Les Numides reprirent le dessus
Sur le clavier d'une vieille Jappy

Et Constantin en perdit le sommeil
Sur son tombeau
Exigea l'empreinte
des deux noms de l'impudent
Les Pradettes, 8 mai 1996
Abdelmadjid Kaouah
Extrait de Le NOEUD DE GARONNE Suite en forme de fuite
Editions "AUTRES TEMPS"
97, avenue de la Gouffonne. 13009 Marseille
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 17 juin 2005 19:38

Modifié le mardi 11 octobre 2005 12:00

Poésie : COMPLAINTE DU SOLITAIRE

COMPLAINTE DU SOLITAIRE

Solitaire assis
à même l'écorce de la terre
médite l'écharde plantée
entre la chair et l'ongle
de ma patrie

Solitaire arc-bouté
et déversant des mots insensés
je guette le sens des balles l
es yeux grands ouverts
et le sourire en coin

Solitaire ami
je refuse d'égrener l'attente
au cadran de tant d'absences

Je suis mon propre étendard
je suis la foule qui va
nu-pieds aux rendez-vous
sans jamais se rendre

Djamal Benmerad
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le vendredi 17 juin 2005 19:02

Modifié le mardi 11 octobre 2005 12:01

Libérer Benchicou

COMMUNIQUE
du Mouvement démocratique et Social

Juin 2001 et Benchicou ou " régression politique accompagne injustices de l'ultralibéralisme"
www.mds-algerie.com

Libérer Benchicou, ôter le bâillon de la presse, permettre à la société de s'exprimer
Ce 14 juin 2005 Mohamed Benchicou aura passé une année en détention. Il s'est vu scandaleusement jeté en prison sous un prétexte fallacieux et alors que les voies légales de recours n'étaient pas épuisées. Son incarcération a abouti à la suspension du journal qu'il dirigeait et ouvert la voie à de nombreuses et lourdes condamnations de journalistes et organes de presse.
Elle permet d'exercer une pression permanente sur l'ensemble de la profession. Maintenant le pouvoir se sent à l'aise dans sa propagande pour assimiler systématiquement les écrits de journalistes à de la diffamation, comme toute protestation pacifique est confondue avec l'émeute depuis la puissante marche organisée à Alger par le mouvement citoyen, le 14 juin 2001. Cette marche pacifique qui n'avait pas abouti à El Mouradia avait été réprimée dans le sang, faisant une dizaine de morts et de nombreux blessés parmi les manifestants et les journalistes en couverture. La régression politique accompagne ainsi les injustices de l'ultralibéralisme au plan socio-économique.
Le directeur du quotidien Le Matin se trouve victime d'une justice d'exception mise en ouvre par un pouvoir despotique qui prétend pourtant, dans toutes les enceintes d'une république chaque jour bafouée, respecter les libertés et l'indépendance du pouvoir judiciaire. Le 20 avril dernier, dans un geste calculé d'inhumanité, il s'est même vu refuser la liberté provisoire pour traitement médical alors que son état de santé se détériore. Mohamed Benchicou est en fait soumis à une logique du pouvoir bâtie sur la prédation et le compromis avec l'islamisme et qui voudrait renvoyer dos à dos le terrorisme et les rentiers corrompus avec les démocrates et patriotes qui leur opposent leur résistance. Malgré certaines illusions persistantes, le pouvoir ne réussit pas à se crédibiliser dans le rôle de recours et d'arbitre dans lequel il tente de s'imposer, d'autant plus que certains chefs sanguinaires sont autorisés à s 'exprimer publiquement, et à défendre l'intégrisme assassin.
Le MDS appelle les forces patriotiques et démocratiques à exiger la libération immédiate de Mohamed Benchicou et la cessation de toutes les persécutions dont est victime la presse algérienne. Les forces vives de la société doivent résister face aux menaces sur la liberté et la démocratie et exiger du pouvoir qu'il rende compte de la répression et des atteintes aux
droits garantis par la constitution.

Alger, le 13 juin 2005
Le Bureau National
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 15 juin 2005 14:15

Modifié le mardi 11 octobre 2005 12:03

Journal_de_bord.dz

Par Chawki Amari
El Watan Edition du 11 juin 2005

Novembre. Devant les atermoiements de la classe politique issue du nationalisme, un groupe de jeunes Algériens décide de passer à la lutte armée. Personne n'y croit encore, sauf eux. La guerre est déclenchée en cette année de feu 1954 et les Algériens sortent dans les rues pour réclamer de la liberté. Abdelaziz Bouteflika n'est pas là. Juillet. L'Algérie retrouve son indépendance en cette année de joie 1962. Des millions d'Algériens sortent dans les rues pour fêter l'événement et demander un pays juste, égalitaire et généreux. Abdelaziz Bouteflika est signalé quelque part. Juin. Un coup d'Etat à l'africaine renverse le président civil et l'armée prend le pouvoir en cette année d'ajustement 1965. Des Algériens sortent dans les rues, comme à Annaba, pour demander un peu de douceur. Ils sont mitraillés. Abdelaziz Bouteflika n'est pas loin. Avril. Marginalisée depuis l'indépendance, la Kabylie s'énerve. En cette année de bâton 1980, des milliers d'Algériens sont dans les rues pour demander du respect. Abdelaziz Bouteflika n'est déjà plus là. Octobre. Des milliers de jeunes sortent dans la rue pour réclamer un changement. En cette année bleue 1988, la répression est féroce et des adolescents sont torturés. Abdelaziz Bouteflika n'est toujours pas là. Mars. La spirale de la violence pousse l'Algérie à s'entretuer. En cette année rouge de 1993, des Algériens sortent dans les rues réclamer la paix. Abdelaziz Bouteflika est signalé absent. Juin. Dans un discours à Genève, Abdelaziz Bouteflika est là, devenu entre temps président par les hasards du calendrier. En cette année mixte de 2005, il explique sa vision de l'histoire : les Algériens ont toujours été heureux et ne sont jamais descendus dans la rue pour réclamer autre chose que des pains au chocolat. Les Algériens se réservent un droit de réponse.

C. A.

# Posté le samedi 11 juin 2005 19:23