Histoire pour Lyna
Il était une fois, dans un pays appelé Tamazgha, un très très vieux village que ses habitants appelaient Mezghena. Dans ce village vivait un vieillard, un vieillard dont le métier était raconteur d'histoires !
Chaque matin, devant sa vieille cabane, les enfants du village s'asseyaient en croissant et lui, assis en tailleur, leur racontait une histoire. Parmi ces enfants, la plus jeune était Lyna. Elle venait d'avoir trois ans.
Un jour, un matin en s'éveillant, ses histoires avaient disparu. Les enfants attendaient devant la cabane. Alors le vieillard se dit : « Peut-être sont-elles parties se baigner dans la rivière ? » Il alla jusqu'à la rivière, entra lentement dans l'eau et souleva un à un tous les reflets dorés de la rivière, mais ses histoires n'y étaient pas. Il se dit alors : « Comme mes histoires sont un peu espiègles peut-être se sont-elles cachées dans le jardin ? » Il escalada en souriant le petit talus qui le séparait du jardin et entreprit de soulever un à un les pétales des fleurs, puis il regarda leurs étamines, leur corolle... Mais ses histoires n'y étaient pas.
De Mezghena partaient plusieurs chemins. Le vieillard en choisit un au hasard et se mit à marcher. Il marcha ainsi pendant des siècles et des siècles. Un jour, un matin, il rencontra un olivier. Il lui dit : « Bonjour bel olivier...Est-ce que tu n'aurais pas vu mes histoires ? » L'olivier décroisa ses branches et lui répondit : « Tes histoires...Quelles histoires ? Je peux te laisser cueillir mes olives pour Lyna mais je n'ai pas vu tes histoires.. » Le vieillard cueillit quelques olives, les mit dans son sac et se remit à marcher. Il marcha pendant des siècles jusqu'au jour où il rencontra un figuier, un grand figuier beau et fort. Le vieillard lui dit encore : « Peut-être toi aurais-tu vu mes histoires ? » L'immense figuier souleva très haut ses feuilles vertes dans la lumière et lui répondit : « Je n'ai pas vu tes histoires mais tu peux prendre quelques figues pour Lyna. » Comme il l'avait fait avec les olives il cueillit quelques figues, les mit dans son sac et se remit à marcher. Des siècles passèrent jusqu'au jour où, fatigué, il déposa son bâton, son sac et s'assit au bord du chemin. Soudain lui apparut un oiseau, un immense oiseau du paradis. Il était plein, tout plein de couleurs. Le vieillard se dit : « Peut-être mes histoires se sont-elles cachées sous les ailes de cet oiseau du paradis ! » Mais l'oiseau déploya ses grandes ailes dans la lumière et lui dit : « Regarde ! Cherche tes histoires. » Le vieillard caressa une à une les plumes de l'oiseau mais ne trouva rien. Alors l'oiseau lui dit : « Je te donne un peu de couleurs... Pourrais-tu les porter à Lyna ? » Le vieillard prit les couleurs, les mit dans son sac et se remit à marcher. Un jour, un soir il arriva au village d'Amacine et décida de s'y reposer. Il s'étendit sur l'herbe et se mit à entendre les étoiles pousser dans le ciel. Alors il demanda à l'une d'elle, la plus proche : « Bonsoir étoile ! Aurais-tu aperçu mes histoires ? » L'étoile, en souriant, scintilla dans la nuit et lui répondit : « Non, je n'ai pas vu tes histoires car je suis occupée à veiller sur le sommeil de Lyna. »
Fatigué, plus vieux encore de quelques siècles, il reprit le chemin de Thamazgha. Il marcha ainsi pendant des siècles puis il arriva enfin à son village : Mezghena. Il trouva les enfants assis en croissant de lune devant sa cabane. Il s'assit en tailleur, lissa sa longue et soyeuse barbe blanche, toussa un peu pour s'éclaircir la voix et entreprit de leur raconter...l'histoire que je viens de te raconter !
Djamal Benmerad