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"La gourmandise des poètes" de Chistine MARTINETTO

La gourmandise des poètes


...Je ne sais pourquoi

La lumière dérobée aux aurores

Ne coule plus dans mes yeux

Et l'aube est lourde sur mes doigts

Comme épuisée et lente

Lourde de silence

Désarmée de couleur



Oh ! Je pourrais rester dans mon cloître glacé

Dans ce cloître volage

Où s'ordonne l'omerta des roses et la fin des senteurs

Je vois comme une censure,

Je vois les mots se perdre,

Redevenir sauvages

Je vois s'endormir les adages

Qui se vident des piments de l'Afrique

Et les anciennes parures

Hier comme du saphir,

Tomber de lassitude

Comme des pierres plates et transies

Grelottantes sur mon cou



Mais je ne peux croire

Que se perdent les mots

Imaginer qu'un jour

Le feu du ciel s'évapore et puis se glace

Ou qu'il n'y aura plus d'abeilles et de gesses odorantes

Ni même le vent

Qui ondoie le visage des collines et des dunes



Non je ne veux croire

A la réprimande des roses

A l'outrageux jugement des fleurs,

Aux poésies qui se meurent

Puisque mes illusions ne sont que rubis

Et que l'Afrique m'a juré de sa grâce

Pour caresser sans cesse

La langueur fauve des matins

....Les petits matins calmes et fuchsia,

Quand le soleil s'effiloche et mue d'Est en Ouest

De mille naissances,

De mille couleurs,

De mille fraîcheurs

De mille chaleurs

S'abreuvant des nomades du levant,

Des premiers peuls engourdis

Dans le linceul humide du Kilimandjaro,

Et qu'il y a tant à dire

...Toujours

Sur la lenteur de l'horizon qui embarque

Le désert et les sables brûlants

Et qu'enfin

S'épuise et s'allonge le couchant

De l'autre côté

Là où le dernier peul

Dans les draps bleus et salés de Gorée

Jette sur l'océan un ultime regard

Comme un adieu

Quand meurt le soleil lourd

Qui fond le ciel et les vagues

....Et que tout ne recommence jamais pareil,

Pour la gourmandise des poètes.



Christine Martinetto
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# Posté le lundi 22 octobre 2007 15:12

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