Hocine ALI : "Le bouclage du dossier de l'islamisme se mesure au degré des libertés"

LIBERTE (Edition du 19/10/2005)
Hocine Ali, coordinateur du Mds, à Liberté
"Le bouclage du dossier de l'islamisme se mesure au degré des libertés"

Entretien réalisé par Hafida Ameyar

Le coordinateur par intérim du Mouvement démocratique et social plaide pour la laïcité, seule à même, selon lui, de "mettre l'État à l'abri de tout risque de dérapage futur"

Liberté : La charte pour la paix et la réconciliation nationale vient d'être adoptée au suffrage universel. Quelle lecture faites-vous des résultats obtenus ?
M. Ali Hocine : Les résultats inspirent une seule réponse : il s'agit d'une grave offense à la société qui a lutté et s'est sacrifiée, qui était debout quand le pays était à la fois menacé d'effondrement sous les pressions du terrorisme islamiste et de ses soutiens internationaux, et dans l'isolement international. Après des meetings bidons, on ne pouvait s'attendre qu'à des scores grotesques. C'est vraiment le comble du suffrage universel ! C'est une véritable confiscation des urnes, qui frustre et révolte les citoyens dans leur écrasante majorité. Pour un scrutin qui a donné 14 millions de "oui", la réponse de la société est à la hauteur de l'affront : elle a répondu par le mépris. Les commentaires de la presse sont conformes à la réalité et montrent bien le caractère massif, généralisé de la fraude. La question est de savoir où est la société réelle, celle que nous avons rencontrée pendant notre campagne, dans la rue, les lieux de travail et avec laquelle nous sommes totalement en phase, ou bien celle qu'on nous a montrée à la télé, dans les meetings préfabriqués. Je ne veux nullement culpabiliser les citoyens qui étaient forcés et contraints, par l'appareil bureaucratique, de venir pour servir de figurants dans une mise en scène de mauvaise qualité. Il y a un autre aspect cocasse de ce scrutin : la classe politique démocratique dans son intégralité n'a pas participé. Par conséquent, il n'y a que les partis non démocratiques, les islamistes et les appareils de l'État qui y ont participé ! Avec cela, ils ont le culot de parler de consultation démocratique !

Ces résultats auront-ils, selon vous, un impact sur le devenir démocratique du pays ?
Ce retour aux pratiques d'un autre âge, dans une Algérie qui a refusé tous les diktats, peut être dangereux pour les "équilibres" que le pouvoir met en avant. Quand on regarde en direction du pouvoir et de sa compromission avec l'islamisme, comment les institutions de l'État sont instrumentalisées et les appareils policier et judiciaire utilisés contre l'_expression démocratique, comment la manne pétrolière est utilisée pour entretenir la clientèle du système, on peut dire qu'on assiste à un glissement despotique dangereux et on peut envisager effectivement le pire. Mais, si on observe attentivement l'attitude de la société réelle qui s'est exprimée massivement contre le projet de charte, qui exprime ses revendications sociales et démocratiques, si on observe l'attitude de l'ensemble de la classe politique démocratique qui refuse de se soumettre, il est certain que la volonté du pouvoir se heurtera à une résistance de plus en plus forte, forgée par l'expérience de plusieurs générations et confirmée par l'affrontement avec l'islamisme assassin.

M. Hocine, pensez-vous que l'Algérie a bouclé définitivement le dossier de l'islamisme politique après celui de l'ex-FIS ?
Le pouvoir prétend fermer les portes à l'ex-FIS, alors que des chefs terroristes ont mené campagne pour le oui à la charte, sans renier leurs prétentions à l'État théocratique, alors que les Belkhadem et consorts ont assidûment fait la cour aux Haddam et autres chefs terroristes à l'étranger, en leur promettant de les dissoudre dans le parti FLN. Au lieu de consacrer la victoire éclatante de la société sur l'islamisme terroriste, le pouvoir tente de le sauver, en refusant de reconnaître les dégâts que nous a coûtés l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques. Pour mettre l'État à l'abri de tout risque de dérapage futur, il n'y a qu'une seule solution : séculariser l'État et la société, séparer le politique du religieux, en changeant l'article 2 de la Constitution. La laïcité constitue le fondement même de l'État moderne. Vouloir la diaboliser et l'opposer à la religion, c'est faire preuve de méconnaissance d'un pan de l'histoire universelle. Le mot laïc désigne à l'origine les religieux qui fréquentaient l'église les dimanches, et qui ont participé aux luttes pour séparer la religion du politique. Il est inutile de vouloir présenter la laïcité comme une greffe ou un corps étranger que la société rejette. Il y a un choix stratégique à faire : soit promouvoir la citoyenneté, les droits égalitaires, la liberté de conscience, la démocratie, soit continuer à tenir un discours religieux, irrationnel qui cultive le fatalisme et justifie les dérives despotiques. Le bouclage du dossier de l'islamisme se mesure aux degrés de liberté, de démocratie et de progrès général de la société et de ses rapports avec son État.

Avec son faible taux de participation, la région de la Kabylie s'est singularisée. Comment appréciez-vous cette donne ?
La Kabylie ne s'est pas singularisée, c'est le pouvoir qui veut coûte que coûte la singulariser, la présenter comme une brebis galeuse. Comme nous l'avons déjà dit, les résultats en Kabylie expriment à quelques nuances près la réalité des véritables résultats à l'échelle nationale. Toutes les tentatives de diaboliser la Kabylie ont été un lamentable échec. De nouveau, le pouvoir veut focaliser l'opinion autour de la question juste de l'officialisation de tamazight, croyant pouvoir isoler cette région, pour mater les émeutes qui secouent le pays et réprimer le mouvement social qui refuse la fatalité du système rentier bureaucratique corrompu. Ce qui dérange le pouvoir, c'est que la Kabylie apparaisse comme l'exemple à suivre. Il tente de l'opposer au reste du pays en essayant d'utiliser la question de l'identité comme un facteur de clivage, sans y parvenir, parce que cette question a beaucoup avancé dans la conscience nationale.

Peut-on espérer à présent un dénouement heureux de la crise en Kabylie ?
La solution à la crise de Kabylie est dialectiquement liée à la question de la nature de l'État et à la crise de cet État. Avec le recul, l'hypothèse qui semble la plus probable est celle d'un dialogue initié pour faire passer la charte uniquement, décrédibiliser les représentants du mouvement citoyen et normaliser la Kabylie, en injectant la rente et en multipliant les relais. La question des partielles apparaît de plus en plus comme une concession, destinée à faire passer la pilule du référendum. Elle souligne nettement l'inefficacité des solutions électorales et pose l'exigence d'une transition démocratique de sortie de la crise.

Le MDS continuera-t-il à accompagner le mouvement des archs, même si celui-ci compte poursuivre ses négociations avec le gouvernement ?
L'attitude du MDS vis-à-vis du mouvement citoyen n'est pas dictée par son appréciation des formes de luttes, mais par leur contenu démocratique. Après le référendum, il est devenu plus difficile d'espérer une issue positive à ce dialogue, mais comme dit le proverbe populaire : il faut suivre le voleur jusqu'à la porte de la maison. On verra bien. Tant que le mouvement citoyen continue de se battre pour faire aboutir les revendications démocratiques, sociales et identitaires, nous serons solidaires. Nous continuerons à respecter l'autonomie de ce mouvement, mais à la lumière de l'évolution et des décantations en cours, il faudrait peut-être qu'il se concerte avec les autres forces démocratiques.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le processus de refoulement momentané est une voie empruntée par de nombreuses nations, pour bâtir un projet de société commun ?
Pour rendre possible ce processus, il y a un prix à payer. Et chaque protagoniste doit payer. En Algérie, on demande aux victimes de la barbarie intégriste de pardonner, alors que l'islamisme prétend qu'il n'a pas à demander pardon, que s'il a détruit tout un patrimoine, organisé des massacres collectifs, éventré des femmes enceintes, enfourné des bébés, éliminé Alloula, Liabès, Boukhobza, Djaout et tant d'enfants dignes de l'Algérie, c'est seulement parce qu'il voulait instaurer un État théocratique, fasciste. Rien que cela ! La nature du conflit montre qu'il est impossible de bâtir un projet, qui serait la synthèse entre le projet moderne et le projet théocratique, sinon il aurait fallu que la guerre de sécession aux États-Unis aboutisse à une synthèse entre l'esclavagisme des Sudistes et le projet moderne des Nordistes, qu'à l'issue de l'affrontement entre le régime d'Apartheid et l'ANC de Mandela, on efface le contentieux et on laisse le régime en place, que la Révolution française trouve un compromis entre la République bourgeoise et l'État féodal représenté par le roi. En Algérie, il s'agit bien d'un affrontement historique entre deux projets antagoniques, le projet moderne et le projet théocratique ou pour paraphraser Bouteflika, entre " laïcs " et " théocrates ", sauf que les laïcs sont bien les citoyens et les patriotes, les officiers et djounouds de l'ANP, les agents des services de sécurité, tous ceux qui ont refusé de vivre à genoux, et qui étaient présents au rendez-vous de l'histoire, pour affronter les théocrates. Donc, le processus de réconciliation, si réconciliation il y a, n'a rien à voir avec la cohabitation que propose Bouteflika et qui constitue un obstacle majeur au processus de sécularisation. Celui-ci passe par l'instauration d'un État républicain, démocratique, moderne.

Un commentaire sur les réactions internationales ?
Les réactions internationales sont à la hauteur des enjeux stratégiques de la crise et de ses conséquences sur le monde arabo-musulman. Pendant l'affrontement sanglant des années 90, la société, ses forces vives, se sont trouvées seules face au terrorisme islamiste. Aujourd'hui encore, les pouvoirs dans les pays occidentaux, à quelques nuances près, préfèrent se voiler la face, accepter le viol des conscience, le dévoiement du suffrage universel et faire semblant de ne pas savoir, pour sauver leurs intérêts étroits, immédiats, en soutenant un pouvoir despotique.

Quelles sont les perspectives de votre formation pour l'après-charte ?
Nous mettons le cap sur la préparation de notre congrès, qui doit être un moment fort, de débats qui sont déjà lancés autour de documents d'analyse de la nature de l'étape, et de l'alternative concrète à la crise. Tout cela se fera dans le feu des luttes et actions, pour prolonger la campagne de rejet du référendum. Les Patriotes et la classe politique démocratique doivent aussi réfléchir sérieusement à la question de la réappropriation des urnes confisquées par le pouvoir, pour les mettre au service de l'_expression démocratique.

H. A.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 19 octobre 2005 18:27

J'ai vu Mohamed Benchicou à la prison d'El Harrach: « Je n'ai ni regret ni amertume »

El Watan, 11 octobre 2005
Une nouvelle affaire judiciaire contre le journal El Ouma (suspendu depuis 1995) m'a conduit à la prison d'El Harrach et m'a donné l'occasion de rencontrer Mohamed Benchicou. Alors que je m'apprêtais à prendre l'avion à l'aéroport de Tamanrasset le 26 septembre, l'officier de la PAF (police de l'air et des frontières) m'appela discrètement pour
m'informer que j'étais recherché par mandat d'arrêt du juge d'instruction de Bir Mourad Raïs. Après avoir satisfait à toute la procédure judiciaire d'usage dans un tel cas et passé cinq nuits dans les geôles des commissariats de Tamanrasset et de Dar El Beïda, je fus présenté au procureur de Bir Mourad Raïs qui m'informa que j'étais condamné par défaut à un an de prison pour « rébellion et fraude fiscale », suite à une plainte remontant à 2001. N'ayant pas le choix et après avoir alerté mes avocats, je me suis plié à la « sacro-sainte loi du mandat d'arrêt » : passer la nuit en prison pour « vider le mandat d'arrêt », et être présenté à l'audience en détenu. C'est ainsi que j'ai passé deux nuits à la prison d'El Harrach avant d'être mis en liberté provisoire par le juge pour avoir connaissance du dossier et me présenter librement aux prochaines audiences.
J'ai donc profité de ce séjour pour voir Mohamed Benchicou. Durant toute la procédure réservée aux entrants, je me suis renseigné sur ses conditions de détention et son état de santé. Tous ceux que j'ai questionnés, gardiens et détenus, ont manifesté sympathie et respect pour le journaliste et détenu d'opinion qu'est Benchicou. J'ai trouvé Mohamed Benchicou dans un état physique lamentable. Souffrant d'une arthrose cervicale, la partie droite de son corps est quasiment paralysée. Il reste la plupart du temps allongé et a beaucoup de mal à marcher et à s'habiller. Il ne peut pas écrire ni ouvrir une bouteille d'eau. Il ne se sert que de sa main gauche.
Ses compagnons de cellule s'occupent constamment de lui pour l'assister dans la vie quotidienne et soulager ses douleurs par des massages. Lui ayant rappelé le droit de détenu à se faire soigner, il me fit savoir que lui-même, sa famille et ses avocats ont plusieurs fois alerté l'administration pénitentiaire et l'opinion publique sur la gravité de son état de santé, en vain. Certains ont même insinué que c'était du bluff. Choqué par les conditions de son dernier déplacement à l'hôpital digne des films d'actions américains entouré de plusieurs policiers, alors qu'il arrive à peine à marcher, il n'ose plus faire de demande d'hospitalisation. Il prend son mal en patience et attend sa sortie, au risque de succomber à une paralysie complète. Son état nécessite une opération chirurgicale pour dégager un nerf coincé entre deux vertèbres. Moralement aussi, Benchicou est fatigué. Les quatorze mois passés en cellule l'ont désabusé. Les huit mois qui lui restent le stressent au point qu'il ne veut plus recevoir de visite de ses avocats pour éviter d'évoquer les problèmes de son affaire et du monde extérieur. Il a découvert une nouvelle famille et s'est refait une nouvelle vie dans le monde carcéral rythmé par la discipline, les repas des « gourbis », les parties de « gouinche » et de dominos, les vicissitudes des entrants, la joie des sortants, etc. Il s'est rendu compte, comme tous ceux qui ont séjourné en prison, que l'univers carcéral est> humain et qu'il ne reste pas grand-chose à améliorer, si ce n'est d'éviter le surpeuplement. « Je n'ai aucun problème avec le personnel pénitentiaire et je ne me plains pas des conditions de détention. C'est la justice qu'il faut humaniser et non les prisons, en cessant de mettre sous mandat de dépôt ou en détention préventive des citoyens qui n'ont aucune intention de fuir la justice et dont les délits supposés ne requièrent aucune détention. C'est effarant le nombre de mères et d'épouses qui se ruinent, vendent leurs bijoux et s'endettent pour payer les frais d'avocat et remplir le couffin hebdomadaire », dit Benchicou. Quand on a évoqué son affaire, Benchicou se montre souriant et serein. Il s'amuse en lisant les justifications gouvernementales sur la cabale judiciaire fabriquée pour l'emprisonner. « Tout le monde sait que je suis un détenu d'opinion. Je suis en> prison à cause du livre que j'ai écris « Bouteflika, une imposture algérienne.» Mais je n'ai aucun regret. On m'a reproché d'avoir dévoilé certains aspects de sa vie privée. Et alors ? Le Président est un homme public. Il doit accepter que des biographies non autorisées soient publiées, comme partout dans le monde. Que le secret de Polichinelle circule dans radio-trottoir ou paraisse dans un livre, quelle différence ? Doit-on continuer à prendre des Algériens, qui ont accès à Internet et à la parabole, pour des demeurés. L'injustice dont je suis victime restera une tâche noire du régime de Bouteflika. » Concernant la lassitude et l'impuissance de la maison de la presse ou l'absence de soutien de tous ceux que lui-même a soutenus par ses écrits et son journal, il affirme : « Je n'ai aucune amertume vis-à-vis de qui que ce soit. J'assume seul mes choix, mes actes et mes écrits. Je n'ai rien écrit, ni soutenu sur ordre. Je n'en veux à personne, ni à ceux qui ne me soutiennent pas ni aux juges qui ont instruit mon affaire et m'ont condamné. Je sais trop bien dans quel système nous vivons. J'estime que j'ai été condamné par le pouvoir politique et non par la justice de mon pays. »

Saad Lounès

# Posté le mercredi 19 octobre 2005 17:00

Turquie : 120 morts dans les prisons de type F et hors les murs

"Editorial Poetas Antiimperialistas de América" <redaccion@poetas.com>
Objet: 20 octobre 2005: 1826e jour, 5e anniversaire de la grève de la faim.

1826 jours de grève de la faim soit cinq années complètes

Avant de vous quitter pour toujours...

« Berrin, Ahmet, Seyhan, Cengiz, Zehra, Ali, Sevgi, Faruk ... Hamide était journaliste, Fidan était infirmière, Canan était étudiante en biologie, Gülsüman était mère de famille et femme au foyer. Nous étions fille ou fils de patron, d'ouvrier, de fermier, d'artiste, de médecin ou parfois même de policier... Nous étions Turcs, Kurdes, Arabes, Lazes, Tcherkesses, Géorgiens ou Grecs Anatoliens... Aujourd'hui, nous ne sommes plus qu'un décompte morbide. Nous sommes ainsi 120 à avoir péri dans les grèves de la faim que nous menions pour réclamer des conditions de détention humaines. Notre hécatombe dure depuis de 5 ans. Aujourd'hui, seules nos photos sont là pour témoigner à titre posthume de notre martyre. Nos prénoms résonnent dans ceux des nouveaux grévistes de la faim: Serdar, Fatma, Serpil. C'est maintenant comme cela que nous nous appelons. Mais seulement pour quelques semaines encore, car nos jours sont comptés. Avant de vous quitter définitivement, nous tenions à vous adresser ces dernières paroles, décrivant notre calvaire quotidien. Le 19 décembre 2000, nous avons été fauchés par les balles, gazés aux bombes fumigènes, brûlés aux lance-flammes, violés à la matraque, mutilés à coups de crosse... alors même que nous étions affaiblis par une grève de la faim de 60 jours. Cet assaut meurtrier avait été baptisé « Retour à la vie » et qualifié d'« Opération tendresse » par les autorités turques, ministre de la justice en tête. Bilan de leur tendresse : 28 morts, près de 1000 blessés. L'objectif de cette attaque militaire (qui avait mobilisé plus de 10.000 soldats, plusieurs bataillons de la gendarmerie, les unités d'élite et des hélicoptères Sikorsky, ... la dernière opération de cette envergure date de l'invasion de chypre en 1974) était de nous déporter vers leurs centres de torture dernier cri : les prisons de haute sécurité dites « de type F ». 600 d'entre nous qui étaient en grève de la faim ont été alimentés de force. Ce supplice de la médicalisation forcée nous a rendu amnésiques et ataxiques. 600 d'entre nous souffrent ainsi d'un syndrome appelé « Wernicke-Korsakoff ».

L'unique raison de l'acharnement des autorités turques sur nous est que nos opinions et nos idéaux leurs sont insupportables. « Les prisons de type F sont de véritables hôtels de luxe » clament-elles fièrement... Quatre murs uniformément blancs et insonorisés qui nous laissent à chacun 10 petits mètres carrés, un plateau servi d'un coup de pied par-dessous la porte comme si nous étions des chiens, des caméras omniprésentes qui nous épient dans chaque recoin de notre intimité, des gardiens qui nous assaillent à tout moment de la journée ou de la nuit, des traitements dégradants qu'il nous est parfois dur de décrire, une censure qui réduit notre courrier quasi à néant, une interdiction absolue de communiquer avec nos co-détenus eux aussi isolés, un règlement interne digne des oflags et des stalags, la privation matérielle, la privation sensorielle...

On nous dit que la peine de mort a été abolie en Turquie. Pour nous, elle a simplement changé de forme. Aujourd'hui, la mort qui nous est imposée est une mort lente, blanche, silencieuse...Une mort sans tache qui commence par le dépérissement de l'imagination, puis de la conscience, et puis du corps tout entier. Tout cela ne serait pas arrivé si l'Europe n'avait pas soutenu le régime de tortionnaires prétendument démocratique d'Ankara, ni sa politique carcérale.

Ce que nous demandons, ce n'est pas la lune : juste le droit de communiquer entre nous. Pouvoir nous côtoyer, pouvoir rire, chanter et pleurer ensemble. Pouvoir nous soigner et nous consoler mutuellement. Vivre dignement. Nous ne demandons même pas la liberté...

A vous institutions européennes, nous vous demandons uniquement de cesser de soutenir le régime assassin d'Ankara.

A vous citoyens européens, nous vous demandons uniquement de braver la censure et d'entendre notre voix afin de ne pas oublier ce que nous endurons au quotidien »



Description des mouroirs appelés « prisons de type F » ?



Nombre : 11 établissements opérationnels. 4 en chantier.

Capacité : 368 places dont 103 cellules pour trois et 59 cellules individuelles

Superficie des cellules : 10 m²

Occupants : prisonniers politiques

Source d'inspiration : « Control Units » aux Etats-Unis, QHS en France, Stammheim en Allemagne, FIES en Espagne.

Particularités : lieux de privation sensorielle, d'annihilation mentale et de déshumanisation.

Couleur : Blanc monochrome.

Adeptes particuliers : tortionnaires prônant la discrétion.

Mode de fonctionnement : arbitraire, soumission absolue et esclavage forcé.

Candidats à l'adoption du système de type F : Afghanistan et Soudan.

Label officiel : Conseil de l'Europe

Pour toute info sur l'isolement carcéral : Symposium international à Paris les 16, 17 et 18 décembre organisé par la Plate-forme internationale de lutte contre l'isolement. Info : isolation@post.com

Comité de soutien à l'Association des familles des détenus politiques de Turquie

Tayad Komite
tayadkomite@hotmail.com
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 19 octobre 2005 16:18

Une interview de Michel Warschavsky, universitaire, journaliste et essayiste israélien.

Une interview de Michel Warschavsky, universitaire, journaliste et essayiste sraélien.

Les bases ethniques d'Israël et la crise de la société israélienne,
symbolisée par la « fuite » de nombreux israéliens, sont le fond sur lequel
s'opère l'affrontement entre les colons et Ariel Sharon. Un conflit qui
efface de la scène politique tout projet de démocratisation de l'état
d'Israël.

Juif israélien qui se définit comme « militant antisioniste », Michel
Warschawsky est le co-directeur de l'Alternative Information Center, centre
d'information et de documentation israélo-palestinien (
www.alternaivecenternews.org ).

Voix parmi les plus radicales de la gauche israélienne, et pacifiste de
longue date, Warschawsky lutte depuis plus de trente ans pour une « paix
juste » avec les palestiniens et pour une démocratisation de l'état
d'Israël. Il y a quelques années, en plein contre-courant, et suscitant un
vif débat jusque dans les pays arabes, il a reproposé la vieille idée d'un
état binational et démocratique dans Israel-Palestine. Le défi binational,
(Editions Textuel, 2001). Parmi ses autres livres plus récents, Sur la
frontière (en collaboration avec Michèle Sibony, Stock, 2002), A tombeau
ouvert. La crise de la société israélienne (Paris, 2003) A contre chour. Les
voix dissidentes en Israël, avec M.Sibony. (Paris, 2003).

L'entrevue a eu lieu fin août à Jérusalem, en marge de la rencontre mondiale
des « Femmes en noir ».

Le retrait de Gaza a souvent été décrit par les medias français, et dans
d'autres pays européens aussi, comme un conflit entre l'armée et les colons.
Si l'on se réfère aux réflexions de certains de vos écrits, pourrait-on dire
qu'il s'est agi surtout d'une opposition entre la « Synagogue » et l'état de
droit démocratique ?


Je resterais prudent avant d'évoquer une opposition entre la Synagogue et
l'état de droit. En Israël, nous connaissons les pratiques génériques
démocratiques comme élections, liberté de la presse, de pensée et
d'association. Dans la constitution de notre pays il manque cependant un
article qui garantisse le principe fondamental de l'égalité de tous les
citoyens et de toutes les citoyennes. Ça explique aussi les discriminations
législatives à l'encontre de la population arabe et de façon plus générale
envers toutes les personnes non juives qui vivent en Israël. En fait, dans
sa charte constitutionnelle Israël se définit comme un état juif, plus
précisément un état juif démocratique.

De fait, un état ne peut pas se définir démocratique et juif en même temps.
En fait, celui qui se proclame ouvertement état (mono) ethnique, ne peut pas
être démocratique parce qu'il exclut automatiquement toutes les autres
ethnies.


Définiriez-vous cela comme une manifestation de racisme ?

Je définis tout cela comme une forme particulière d'état que j'appelle
ethnocratie, ou démocratie de l'ethnie dominante, qui se prétend par
ailleurs propriétaire du sol et des terres. D'autres groupes ethniques
peuvent aussi être tolérés, mais on leur nie collectivement la souveraineté
de citoyens de l'état d'Israël, qui est réservée exclusivement à tous les
juifs et juives, qu'ils vivent à Brooklyn ou à Marseille. Une forme
politique insoutenable d'un point de vue de l'état de droit. Par ailleurs,
il y a aujourd'hui des citoyennes et des citoyens de ce pays qui demandent
l'abolition du cadre juridique qui rend cette pratique possible. En fait si
la loi assure des privilèges à une partie de la population et les refuse à
l'autre, l'état peut être, de façon plausible, défini comme raciste.


Existe-t-il dans votre pays un milieu politico intellectuel qui aborde
les thèmes du « post-sionisme » ? L'idée fondatrice qui a abouti à la
fondation de l'état d'Israël et à la situation actuelle de conflit est-elle,
peut-être, en déclin ?


Non, la doctrine fondatrice de l'état d'Israël est toujours le sionisme.
C'est-à-dire que tout le territoire géographique de la Palestine appartienne
exclusivement aux juifs. Le « retrait » de Gaza, en fait, ne change rien à
cette idéologie. Par conséquent, ces intellectuels qui, surtout dans les
années 90, parlaient et rêvaient de « post-sionisme » étaient plutôt myopes.
Dans divers discours récents, Sharon, en faisant continuellement référence à
Ben Gourion, a souligné que nous devons encore porter à terme la « Guerre
d'Indépendance » de 1948. De cette façon, il veut rendre tout à fait claire
l'idée selon laquelle la réalisation du sionisme, comme idéologie fondatrice
de l'état, est une page d'histoire qui reste encore à écrire.

Le laïc est antisioniste. A partir de là, la séparation complète de la
construction étatique ethnico religieuse dominante, c'est-à-dire l'essence
du sionisme, est réduite à un lien pervers entre état et religion.

Si nous observons la gauche du parlement israélien, on note qu'elle est bien
loin de réclamer une séparation entre l'état et religion, ou une réduction
des subventions d'état aux organisations religieuses.

Vous avez écrit à diverses occasions comment le sionisme, avec
l'assassinat de Rabin, s'est imposé comme la doctrine d'état...

Je suis convaincu de cela. Au début des années 90, s'imposait en Israël de
façon croissante une société civile bourgeoise qui essayait d'occidentaliser
le pays, de l'américaniser. Elle ne s'était pas rendu compte cependant qu'en
un même temps était née une autre classe sociale qui avait l'intention de
renforcer le caractère juif de l'état. C'est en ce sens que l'assassinat de
Rabin a marqué la fin du processus d'ouverture à l'Occident et la
restauration des forces réactionnaires et conservatrices. Le slogan de Bibi
Netannyahou contre Rabin pendant la campagne électorale était « pour un état
juif ! ». Rabin a été tué par un juif orthodoxe et Netannyahou est devenu
premier ministre
.

Tout cela ne reflète-t-il pas aussi peut-être l'ascension de nouveaux
groupes sociaux, qui ont grandi à l'ombre de la collaboration entre le
pouvoir politico-économique et le parti conservateur de Sharon ?

Exactement. Ça a été une réaction au processus de néo-libéralisme, mais
aussi à une tentative de libéralisation en termes politiques, soit plus de
démocratie et dé-sionisation de l'état. Cela a abouti à la création d'un
bloc politique, né de l'assemblage de communautés qui refusent le modernisme
lié à la social-démocratie, et qui donnaient ses voix au Likoud de
Netannyahou. Lequel a promu une forme de libéralisme brutal, qui a réussi en
peu de temps à détruire une partie des structures existantes de l'état
social et de la fonction publique. Paradoxalement, il est arrivé à mobiliser
les couches populaires contre les socio démocrates, en subvertissant ainsi
les rapports de force politiques.


Les israéliens d'origine ashkénaze (est européens) continuent à représenter
l'élite politique et économique du pays, alors que les séfarades (les juifs
d'origines orientale et espagnole) sont discriminés dans l'appareil du
pouvoir et appartiennent d'habitude à des niveaux socio-économiques plus
bas. Cette disparité, dans un avenir proche, ne pourrait-elle pas aboutir à
une sorte de « guerre civile » entre les deux composantes ethniques et de
classe, avec des issues destructrices pour l'identité nationale ?

A la fin des années 90, il y a eu un moment où on pouvait penser que la
société israélienne était au bord de l'implosion. Ce n'est pas arrivé, mais
le plan de Ben Gourion de construire en Israël une sorte de société juive
multiculturelle a raté. Une des conséquences, entre autres, est la tentation
toujours plus forte dans les classes moyennes d'émigrer hors du pays, ou
pour le moins de vivre avec un pied en Israël et l'autre en Occident. Pour
faire court, le lien avec la terre de ancêtres, avec Eretz Israël, est
devenu beaucoup plus ténu, et celui qui peut se le permettre financièrement,
se procure un deuxième passeport.


Qu'est-ce que ça signifie pour Israël ?


Ça signifie que les couches sociales qui ont (ou ont eu) des idées
politiques libérales, qu'on pourrait définir comme post-sionistes, seront
politiquement liquidées. Dans tous les cas elles n'ont plus de projet qui
puisse endiguer l'extrémisme religieux croissant. La lutte qui est mise en
avant aujourd'hui est celle entre les colons et Sharon, qui dans ce contexte
apparaît comme un homme de gauche... Il n'existe pratiquement aucune
alternative organisée à ces deux positions.

Pendant, un meeting international des « Femmes en noir » qui s'est tenu à
Jérusalem, face à l'attitude critique des palestiniennes, certaines
représentantes juives israéliennes ont réclamé une indulgence pour Israël,
le pays qui était en train de le accueillir...

C'est une générosité qui révèle justement la nature ethnique de l'état
d'Israël. Même ceux qui s'expriment en faveur du retrait partiel des
territoires occupés soulignent leur générosité, et dans tous les cas au
motif du bien de leur pays. En d'autres termes : nous, nous avons les
droits, aux autres nous laissons la « charité ». Selon les sionistes les «
autres », les palestiniens, ne peuvent pas réclamer des droits, mais doivent
dire « merci » parce qu'on les laisse vivre en Israël.

Nous sommes en train de vivre une horrible régression politique et
culturelle qui naît de la peur de l' « autre ». Une démocratisation de la
société israélienne signifierait cependant : a) une paix sans conditions
avec la Palestine ; b) une attitude différente envers nos voisins.
C'est-à-dire la naissance d'un état d'Israël différent. L'autre motif de
peur vient de la fracture dans l'unité nationale, par la fin possible du
sionisme. La défaite politique de Simon Perès en 2000 a été le résultat de
cette atmosphère, renforcée bien sûr par l'Intifada. Beaucoup de juifs ont
pensé : ça c'est trop ! Et l'idée d'une guerre permanente contre les
populations arabes s'est insinuée aussi dans la gauche israélienne.


Une vision pessimiste, vous ne croyez pas ?

Pendant l'été à Tel Aviv, les opposants au retrait des territoires occupés
ont mobilisé dix mille personnes. De l'autre côté, il n'y a pas
d'alternative politique en mesure d'organiser des démonstrations de masse en
faveur du retrait des territoires. Il y a certainement des milliers
d'israéliens qui adhèrent à des organisations comme les « Femmes en noir »,
« Refuznik » (soldats et officiers contre le service dans les territoires
occupés), ou d'autres organisations contre l'occupation, mais tout ça ne
suffit pas pour être optimiste. Cette situation représente un gros problème
pour un état qui a peu de familiarité avec les règles du jeu démocratique et
qui court le risque d'une crise institutionnelle et d'une désintégration
sociale. Un facteur important sera dans tous les cas représenté par le
développement des rapports politiques avec les pays voisins...


Comment évaluez-vous les deux options, celle d' « un état » qui accueille
toutes les ethnies vivant dans le pays et l'option de « deux états », un
juif et un palestinien ?

Pour résoudre les problèmes de réfugiés, de l'économie et de l'écologie, la
réponse la plus rationnelle et économique ne peut être que celle du principe
de l'état unique, dans lequel les différentes ethnies -par exemple-
cohabitent dans une formule fédérale. Ce serait la solution la plus juste,
parce que, de cette façon, les palestiniens seraient de nouveau chez eux,
sur leur sol, et ça permettrait aussi aux juifs de se sentir chez eux. Pour
réaliser un tel modèle, il y a cependant deux obstacles. Premièrement, le
fondement même de l'idée de l'état d'Israël : l'ethnocratie serait
définitivement remise en question. Deuxièmement, la cohabitation
démocratique signifie parité des droits entre la population juive et la
population palestinienne : cette parité aujourd'hui n'existe pas. C'est pour
cela que de nombreux palestiniens déclarent aujourd'hui que s'ils devaient
choisir entre vivre ensemble - comme ils sont aujourd'hui obligés de le
faire- ou avoir leur propre état, même petit, ils choisiraient certainement
la deuxième alternative. Nous israéliens nous ne pouvons pas faire autrement
que soutenir la volonté de la majorité des palestiniens de constituer leur
état sur des territoires de la Cisjordanie et de Gaza.

Thomas Schaffroth

Source : il manifesto www.ilmanifesto.it

Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio Cet article a été rédigé en
allemand par l'auteur et traduit une première fois en italien par Elisabetta
d'Erme

La traduction de l'italien a été soumise à l'auteur, que la traductrice
remercie de sa constante aménité à son égard... (et surtout le mercredi)

source : Le Grand Soir. info

# Posté le mardi 11 octobre 2005 12:19

Nour, mon chéri

Pardonne-moi mon fils de t'avoir mis au monde en prison. Ce n'est pas du tout ma faute, ce sont nos bourreaux qui en ont décidé ainsi.

Tu as atteint l'âge de deux ans et tu peux sortir. Tu vas pouvoir connaître d'autres enfants de ton âge et jouer avec eux. C'est important, tu sais. C'est l'une des raisons pour laquelle je suis en prison.

Nos bourreaux ne veulent pas que nous ressemblions à tous les gens, à tous les autres peuples.

Je veux, par mon combat, prouver le contraire.

Je veux, mon chéri, que tu puisses grandir parmi les tiens.

Que tu aies des copains et des copines. Que tu ailles à l'école avec eux.

Je veux que tu apprennes notre langue, la culture et les sciences.

Je veux que tu apprennes les lois de la nature et qu'en retour, pourquoi pas, les maîtriser et t'en servir pour bâtir un monde meilleur, pour tous les gens et pour tous les peuples. Il ne faut avoir de la haine envers personne. Le contraire est la volonté de nos tortionnaires.

Quelqu'un a dit que "le bonheur est une idée neuve". Il a raison.

Je veux que tu apprennes le bonheur.

Tu sors de prison à l'âge de deux ans mais comme tous les autres enfants, il te reste tout à apprendre.

Sauf que toi, tu m'as vue souvent pleurer. Pardonne-moi mon chéri.

C'est l'humiliation subie. Ils m'ont mise nue devant toi. Ils m'ont insultée. Ils m'ont menottée. Ils m'on torturée. Ils m'ont battue.

Pardonne-moi, car ces scènes, malgré ton jeune âge, ont dû te faire mal.

Ils m'accusent de terrorisme, mais ce n'est pas vrai. Je suis une résistante contre l'occupation. Ils inversent les rôles car ils ont la force de le faire. Ils ont même inventé une justice pour eux et contre nous. Mais cela ne peut durer.

Dehors, tu verras, nous sommes de plus en plus nombreux. Dans quelques années, tu feras partie d'une bande qui lancera des pierres sur leurs soldats. Tu auras raison. Je te demande cependant d'être prudent et de ne pas trop t'exposer. Il arrive qu'ils tirent à balles réelles et qu'ils en tuent un, deux, trois...

Il faut essayer de vivre le plus longtemps.

Dehors, tu verras, ils ont construit un mur. Nous l'appelons le "mur d'apartheid".

L'apartheid c'est quand on sépare des hommes d'autres hommes. Certains prétendant être supérieurs aux autres. Ils disent être le "peuple élu" par Dieu, que nous sommes des vers de terre et des cafards, qu'il faut nous écraser.

Ils mentent bien sûr. Nous sommes des êtres humains dignes et nous avons toute notre place dans la société des hommes. Nous appartenons à la civilisation universelle. Nous avons notre culture, riche de valeurs dont tu dois être fier.

Dehors, tu verras, tu apprendras à lire et à écrire. Tu apprendras à chanter et à aimer. Tu apprendras la musique, l'histoire, la littérature, la philosophie, les sciences de la nature. Tu apprendras de belles choses. Toutes aussi utiles et nécessaires, les unes que les autres.

Tu apprendras la liberté.

Dehors, tu verras, la vie mérite d'être vécue. Au printemps, les arbres fleurissent quand les fruits sont en gestation. Les orangers, les amandiers, les citronniers, les oliviers, tous sont des arbres de chez nous. Nous sommes un peuple travailleur et notre terre est généreuse.

Dehors, tu verras, ils ont établi des barrages routiers pour nous empêcher de circuler, de nous déplacer, de voyager.

Ils font tout pour nous obliger à ne plus aimer la vie. Alors vois-tu, il faut résister.

Aujourd'hui, tu as deux ans... tu vas pouvoir donc sortir. Tu as la santé fragile, à cause du mauvais lait que je t'ai donné. Pardonne-moi. Mais très vite tu vas récupérer et devenir un enfant fort et épanoui, à cause de la solidarité des nôtres.

Dehors, tu verras, tu as une grande famille, et nous avons de nombreux amis dans les pays du monde entier. Il suffira de dire "je suis Nour, l'enfant né en prison, d'une mère résistante."

Dehors, tu verras la Palestine... J'entends la clé tourner dans la serrure. C'est pour toi. Ils viennent te chercher.

Les deux gardiennes sont debout dans l'encadrement de la porte.

"Approche, putain"
crie l'une d'elle. L'autre lui arrache l'enfant des bras.

Elle a juste le temps de lui chuchoter à l'oreille : "Nour mon chéri, je t'aime."

( Palestine occupée, prison de Telmond - lundi 10 octobre 2005 )
Source : essawra

# Posté le mardi 11 octobre 2005 11:38