Chavez ! Chavez !

"Moncef" <vitalis.tn@gmail.com>

Au lendemain de Katrina, le gouvernement venezuelien avait offert d'expedier 1 million de barils de petrole supplementaires en direction des Etats-Unis.
Le Venezuela, en froid avec les autorites americaines, poursuit son
offensive de charme en direction de l'opinion publique de son puissant
voisin.
A l'occasion du festival venezuelien "Venezuela Matters" organise a Chicago les 13 et 14 octobre, le consulat de la republique bolivarienne a confirme qu'il envisageait de vendre des produits petroliers a bas prix aux populations pauvres de Chicago. Cette initiative est soutenue par la compagnie CITGO, une filiale de la societe nationale petroliere venezuelienne PDVSA.
Cette offre, dont le detail de la mise en oeuvre n'est pas encore communique, recoit un accueil divers de la part des acteurs locaux. Deux elus, le representant Billy Ocasio et le senateur Dick Durbin semblent s'y interesser, ainsi que des responsables de mouvements caritatifs. En revanche, la communaute venezuelienne exilee de Chicago appelle a boycotter le programme d'assistance energetique, qualifiant Hugo Chavez de "petit demagogue sud-americain".
Le consulat venezuelien de Chicago a en outre declare qu'il traiterait les demandes de citoyens demunis de Chicago interesses par des soins chirurgicaux oculaires gratuits au Venezuela.
Sources ADIT .

# Posté le dimanche 23 octobre 2005 15:53

Algérie : LAKHADAR KAIDI témoigne sur les pratiques du pouvoir

Liberté du 23/10/2005)

Kaïdi : "Coups de force des dirigeants politiques

Par Hafida Ameyar

Chassez le naturel, il revient au galop ! C'est l'impression que l'on ressent après lecture des témoignages de feu Lakhdar Kaïdi, sur les "coups de force" menés par les dirigeants algériens, avant et après l'indépendance de l'Algérie. Entretiens avec Kaïdi Lakhdar, une
histoire du syndicalisme algérien, est le dernier ouvrage du sociologue et chercheur Nasser Djabi, publié récemment aux éditions Chihab, dans lequel Kaïdi, dirigeant syndical et militant communiste décédé en mars 2004, retrace la marche d'un combat syndical et politique, durant un demi-siècle, indissociable des choix politiques. Pour Djabi, "le livre de
Lakhdar Kaïdi" est le premier témoignage sur la naissance de la pratique syndicale pendant la colonisation et "l'histoire du pluralisme syndical" qu'a connu le pays avant le déclenchement de la guerre de Libération nationale, qui nous projette également dans l'atmosphère des luttes et des conflits de l'époque. L'enfant de Mila, qui s'engagea en 1943, à l'âge de 20 ans, à la CGT et au parti communiste algérien (PCA), révèle
l'existence à l'époque de "deux conceptions de la lutte de libération" :
la "conception nationaliste étroite arabo-islamique", qui privilégiait les luttes politiques basées sur "des sentiments d'appartenance historique, religieuse, culturelle, civilisationnelle" et la "conception internationaliste", qui concevait la libération "sous son double aspect de libération de l'oppression nationale et de libération de l'exploitation
sociale". D'après lui, le jeu des divisions et des luttes intestines entre les fractions existant au sein du Mouvement pour le triomphe des libertés et de la démocratie (MTLD) aurait laissé des séquelles au niveau syndical. Le différend politique et la lutte sans merci menée entre les Messalistes et le FLN a abouti à la création de deux centrales syndicales en 1956, l'USTA (7 février) pour les premiers et l'UGTA (24 février) pour le second, etce, malgré l'existence de l'UGSA dont Lakhdar Kaïdi était membre de la direction. Ce dernier explique que l' UGTA est devenue "un simple appendice du FLN, une organisation de masse dirigée par le FLN et au service exclusif du FLN et du parti unique". Et c'est cette "tare congénitale", dit-il, qui empêche aujourd'hui encore l'UGTA de prendre en main résolument les intérêts du monde du travail, se mettant avant tout "au service du pouvoir (...), que ce dernier ait raison ou tort !"
Celui qui passera plus de 6 ans dans les prisons et les camps d'internement, entre septembre 1956 et janvier 1962 et qui renouera avec la prison à l'indépendance, confie que dans le mouvement national existait "une situation inextricable de divisions et d'affrontements"(...) "Les conditions dans lesquelles avait été déclenchée la Révolution et s'était développée la lutte de libération, les moyens et les méthodes qui ont été utilisés, avaient abouti à la création d'un parti unique, non seulement sur le plan organisationnel, mais aussi sur le plan idéologique. Un parti unique qui ne tolérait (.) aucune idéologie, aucune position politique autre que celle professée par le groupe dirigeant",
indique-t-il, en qualifiant l'idéologie nationaliste d'"étroite", de "chauvine", de "fortement teintée de caractère religieux et influencée fortement par une idéologie petite bourgeoise". Kaïdi confirme l'usage des pratiques antidémocratiques, affirmant qu'au lendemain de l'indépendance, "ce sont les éléments de l'extérieur qui se sont arrogés le droit, sans
avoir été désignés par qui que soit, de s'ériger en direction de
l'UGTA"
, référence faite à "l'arrivée du GPRA ou du Bureau politique et de
l'Armée des frontières".
Concernant le premier congrès de l'UGTA où il
participa en sa qualité de journaliste d'Alger Républicain, il le
qualifie de mené pr la tendance du Bureau politique de l'époque, dirigé par Khider, pour placer des éléments qui avaient "la qualité d'une certaine souplesse ou d'une certaine docilité (...) à l'égard des dirigeants politiques".

H. A.
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# Posté le dimanche 23 octobre 2005 11:08

Afghanistan : loi, blasphème, d eux ans de prison pour un journaliste

Par Jean-Pierre Alaux

Petite mise en perspective juridique

L'Afghanistan progresse à pas de géant vers l'état de droit : pour preuve, la condamnation du journaliste d'un magazine féminin à deux années de prison en application de l'article 130 de la Constitution (adoptée en janvier 2004) après avoir coché "constitution" et "Afghanistan" dans le formulaire du moteur de recherche), lequel article - intitulé "Judicial Discretion" - prévoit que "1) While processing the cases, the courts apply the provisions of this Constitution and other laws ; 2) When there is no provision in the Constitution or other laws regarding ruling on an issue, the courts' decisions shall be within the limits of this Constitution in accord with the Hanafi jurisprudence [une des quatre écoles de la jurisprudence sunnite] and in a way to serve justice in the best possible manner". En très gros, à défaut de disposition dans le droit positif afghan, l'interprétation sunnite du Coran s'applique.
C'est donc le plus légalement du monde - c'est ça le "progrès" (le droit plutôt que la kalachnikov, même si la bonne vieille mitraillette russe tient encore quotidiennement lieu de droit, comme en témoignent les 1 200 morts afghans enregistrés depuis le 1er janvier 2005)... - qu'un tribunal de première instance de Kaboul vient de condamner un journaliste à deux ans de prison pour blasphème.

J-P. A.

Pajhwok Afghan News, 22 octobre 2005

Editor convicted of blasphemy, sentenced to two years in jail

A local court Saturday convicted editor of the Haqooq-i-Zan magazine on blasphemy charges and sentenced him to two years term in jail.

Ali Mohaqiq Nasab was accused of publishing blasphemous articles in his magazine. He was under detention over the past two weeks.

During the hearing, the convict complained that he was not given a chance to clarify his position. However, the court headed by judge Ansarullah Maulvizada overruled his objections.


Reading out the verdict, judge Mohammad Alam Nasimi said: "According to Article 130 of the Constitution of Afghanistan, you Mohaqiq Nasab, were proved guilty of blasphemy and hence sentenced to two years imprisonment starting from the day of your detention."

The judge observed: "The punishment is a reprimand for you and a lesson for others," However, the convict rejected the judgment, complaining he was not given proper opportunity to defend himself. "I do not accept the verdict because I was denied the right to self defence," said the convict.

Last week, the Media Monitoring Commission (MMC) had requested the court to acquit Nasab of the blasphemy charges but judge Ansarullah Maulvizada described the recommendations beyond the ambit of law.

The commission in its meeting, chaired by Afghan Information and Culture Minister Syed Makhdoom Rahin, pardoned the editor but cancelled declaration of his magazine.

Makia Monir
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# Posté le dimanche 23 octobre 2005 10:36

La « récréation démocratique » ou l'émancipation solidaire

Par Tahar Hamadache
Le 20 octobre 2005

Plus de vingt-cinq ans après « l'indépendance confisquée » et des luttes populaires, sociales, identitaires et politiques successives, le plus souvent clandestines et parfois violentes, quiconque aurait cru savoir « où va l'Algérie » qui, au sortir des événements d'octobre 1988, titubait vers la démocratie sociale.

L'Algérie indépendante, républicaine, démocratique et sociale n'a jamais cessé d'être l'objectif sacré de la Révolution ainsi que des cadres de la Révolution et de la guerre pour l'indépendance, écartés du Pouvoir à l'indépendance. Les survivants parmi ces derniers ne cessent pas encore de le rappeler.
L'ouverture démocratique, conséquence des événements d'octobre 1988, a vu fleurir sur la scène de nombreux partis politiques crédibles, des syndicats autonomes, des organisations nationales représentatives, un fort mouvement culturel amazigh pacifique et transpartisan, une société civile très active et une dynamique nationale riche en débats et en évolutions positives d'une grande ampleur. Les souvenirs en sont impérissables.
Comme s'il y avait des forces qui ne voulaient pas d'une Algérie qui se prenait à être de nouveau « libre et heureuse », cette volonté d'aller rapidement vers une « démocratie majeure » va être immédiatement polluée par une nuée de sigles, destinée à ériger des clivages douteux au sein de l'opinion publique qui ne correspondent pas au véritables clivages politiques qui se dessinaient à la faveur des structures politiques qui prenaient du poids ou sortaient de la clandestinité : FFS, PAGS, PST, PT, MDRA, RCD, PSD, PNSD, MAJD, etc. A cette nuée venait s'ajouter des pratiques scélérates de clonages et des putchs encouragés à l'intérieur aussi bien qu'à la périphérie des partis politiques et des organisations : il fallait être bien naïf pour n'y voir aucune volonté de briser l'élan démocratique pris par la nation entière. Cette volonté de nuire allait malheureusement puiser matière à se masquer dans l'ancrage récent des formations : en plus de l'inexpérience des masses de militants
quant à déceler la nature des menaces à l'œuvre, des les démasquer et de les déjouer, les directions politiques étaient dans un pressant besoin de cultiver une certaine forme de « zaïmisme », de leadership, afin de mieux s'installer dans la conscience populaire ; ce besoin, ajouté à la suspicion générée par la volonté de force de nuisance externes qui ne manquait pas de déteindre sur les ambitions d'ascension sans doute légitimes des cadres, allait provoquer des crises et des saignées au sein des partis les plus balaises. On parlait déjà de « récréation démocratique »...
Concurremment à cette logique, certainement toujours en cours, l'ouverture démocratique allait être gênée, un moment, par la déferlante intégriste menaçante, avant d'être quasi-totalement bouchée par une guerre de dix ans dont l'essentiel des victimes sont les enfants du peuple et celles et ceux qui n'ont pas voulu cesser d'être au service de leur bien-être immédiat et de leur émancipation progressiste.
Cette guerre, une fois déclenchée, allait emporter toutes les institutions, élues ou constitutionnelles, au point que, à un moment, la « République » et la « Présidence de la République » ont été remplacées par « Etat » et « Présidence de l'Etat ». C'est ainsi que la volonté populaire a été confiée, sur fond de terrorisme, aux soins de DEC au lieu d'APC, de DEW au lieu d'APW, de CNT au lieu d'APN, tous désignés et imposés.
C'est surtout ainsi que, lorsque le Pouvoir s'est remis à « reconstruire l'édifice institutionnel » en 1995, le courant démocratique a connu un étêtement et une désorganisation effarant dans toute l'Algérie, ne tenant presque plus qu'au niveau de la Capitale et de la Kabylie –pour ne pas tenir compte des territoires de l'exil- et encore ! Très difficilement.
La Kabylie, cette parcelle du territoire algérien, où les démocrates ont résisté stoïquement et pacifiquement, allait par la suite connaître, comme par châtiment, de terribles épreuves qui semblent lui avoir été taillées sur mesure par d'éminences grises surgies du passé ou préparant quelque avenir...
Comme par coïncidence, c'est justement à la fin du boycott scolaire pendant laquelle toutes les forces dynamiques activant en Kabylie ont éé engagées, démocratiquement et pacifiquement, que le mot d'ordre de reconstruction de l'édifice institutionnel a été ainsi lancé.
Avec le recul, il pet sembler inutile de relever que cette reconstruction s'est surtout appuyée sur la clientèle du nouveau système qui tire sa légitimité de la guerre « civile » : DEC, DEW, CNT, qui se sont retrouvés en majorité au RND -lorsqu'ils ne sont pas FLN. Comme il peut sembler inutile de relever que, de nouveau, la Kabylie a fait défaut à la réalisation de ce schéma puisque, de nouveau en 1997, les partis d'opposition démocratique y ont été crédités d'une franche légitimité populaire par deux fois en l'espace d'un semestre : aux élections locales (APC, APW) puis aux législatives (APN).
Ces deux remarques élémentaires mettent toutefois en lumière en quoi la Kabylie pose problème au régime néo-libéral qui s'est emparé du pouvoir à l'ombre de la guerre « civile » : pendant que partout ailleurs et même dans les institutions, le régime a presque réussi à imposer les changements qu'il recherche dans la société, sous couvert de guerre, les citoyens en Kabylie tiennent mordicus aux changements démocratiques en phase avec les aspirations sociales et populaires les plus profondes et les mieux partagées car tirant leur origine du Mouvement national indépendantiste.
C'est ainsi qu'il faut voir, derrière l'obsession de normalisation de la Kabylie qui étreindrait tel ou tel, le désir d'éteindre définitivement les messages de liberté, de dignité et de justice sociale délivrés par novembre 1954.
Sa conversion massive aux modèles sociologique, économique et politique favoris de l'ultralibéralisme, triomphant par usurpation, n'ayant pas été obtenue sous l'effet de la terreur, de la misère, des faits accomplis successifs et des dénis de droit, les promoteurs du nouveau régime jouera à « qui perd gagne » avec elle. Ce sera le cas surtout à la faveur des événements du Printemps noir dont l'assassinat de Matoub, trois ans plutôt, pourrait être un coup d'essai.
Provoquant ces événements que la société aura pris le soin d'organiser dans l'urgence mais dans le respect de ses traditions démocratiques et pacifiques, le Pouvoir, tenant coûte que coûte à faire dire à cette région ce qu'elle n'a jamais cessé de dénoncer, a entretenu la tension jusqu'au pourrissement. Son objectif est multiple. Il est à la fois : 1- de démanteler les structures politiques, syndicales et associatives au sein desquels les populations de cette région s'organisent ; 2- de proposer par touches successives ceux qui ont profité de la guerre « civile » et des événements du Printemps noir au rang de « notabilités » de la Kabylie ; 3- de reléguer la population, ne serait-ce que médiatiquement, à des schémas que l'on retrouve dans certains articles d'universitaires étrangers, publiés en 1995.
C'est ce qui devait permettre de vider, aux yeux de l'opinion publique, les revendications démocratiques de leur substance , de les achever et de justifier la répression, l'étouffement de toute contestation puis l'asservissement, but suprême du néo-libéralisme et de ses alliés et supplétifs véreux. Sous prétexte d'épargner aux algériens la régression à une société de croyants trahissant par là même son préjugé quant à la profondeur historique et populaire de la Révolution, le Pouvoir met tout en œuvre pour se donner une société misérable, inculte, inconsciente et inoffensive qui lui garantisse la pérennité en tant que classe dominante monopolisant le pouvoir, le savoir, la richesse ainsi que la « Aizza » et la « Karama ». Ces dernières, « noblesse d'âme » et « dignité » ont constitué, en 1999, le slogan de campagne que le candidat Bouteflika –que l'on a à un moment traité, sous d'autres cieux, de ''ministre de la parlote''- a sans doute injecté dans l'opinion sans trop en référer à
d'autres tout comme il reste à connaître la manière dont les projets de réformes tous azimuts avaient été lancés en y faisant participer la crème intellectuelle du pays avant de les vouer aux tiroirs muets de l'oubli.
C'est pour venir à bout de l'un des principaux écrans de veille patriotique et aiguillons démocratiques qu'il situe obsessionnellement en Kabylie, que le Pouvoir organise ces partielles au niveau d'une centaine de communes, tandis que plusieurs centaines d'élus à travers le pays sont en bûche à la justice sans que le fonctionnement des institutions qu'ils représentent respectivement ne soient remis en question. Peut-être que la raison tient au fait que ceux-ci ne font pas dans l'opposition démocratique.
Peut-être aussi que les partielles de novembre provoqueront de nouveau un appel au boycott, voire au rejet, chez ceux qui auront cru un moment que ces locales sont venus en satisfaction à une incidence pour laquelle ils ont abandonné ce qui leur restait de revendications, sous prétexte qu'ils ont été disqualifié par l'autorité suprême du pays, ce qui va dans l'ordre de la logique de la désertification politique et civile de la Kabylie ou par d'autres qui useront de dérivés d'un tel argumentaire. Pour cela, ils feindront d'oublier que les élections partielles de novembre concernent aussi des communes qui n'ont peut-être jamais entendu parlé d'une incidence quelconque, argument que le ministre de l'Intérieur ne manquera pas alors d'utiliser pour justifier une évolution aux forceps ou, du moins, pour prolonger le mandat administratif des chargés des affaires des communes (C.A.C.) qui ont vu leurs assemblées populaires communales issues de l'élection d'octobre 2002 dissoutes en juillet
dernier.
Les enjeux de l'élection partielle de novembre prochain dépassant très largement le simple souci de représentativité au sein institutions communales, les citoyens de Kabylie, que les patriotes, les démocrates et tous les porteurs d'opinion sincères ont le devoir d'accompagner et d'éclairer dans une bienveillante perspicacité, se doivent d'être mis au fait de la responsabilité qui leur incombe en ces moments cruciaux. L'avenir démocratique, l'aboutissement des aspirations à la justice sociale, à la dignité, à la citoyenneté égale pour toutes et tous qui s'inscrivent en droite ligne du mouvement national, de la révolution et de novembre 54, s'y joue en partie, en bonne partie.

S'il est très naturel, très souhaitable, fortement recommandable d'œuvrer en vue d'une irréfutable et franche représentation démocratique par des démocrates au niveau des assemblées locales en jeu lors des élections partielles prochaines, il faut surtout veiller à sauvegarder la dynamique politique démocratique et sociale émancipatrice, dont on se prévaut en Kabylie.

T. H.

# Posté le samedi 22 octobre 2005 16:09

Les bastions du fondamentalisme musulman

Grâce à l'Arabie saoudite, les écoles coraniques sont devenues
les places fortes du fondamentalisme musulman
.

François Hauter

[22 octobre 2005]

«VOUS ÊTES JUIF ?» Entouré de sa cour, Maulana Sami Ul Haq, un
ami d'Oussama Ben Laden, pose la question sur le ton de «Vous reprendrez
bien un peu de thé...». Mais en attendant la réponse, on entend voler
les mouches.
Les non-musulmans, pour le chef de la madrassa (école coranique)
Darul Uloom Haqqania, qui appartient à la secte déobandi (des
fondamentalistes sunnites), sont des races inférieures. Maulana Sami Ul Haq nous
accorde quelques regards méprisants, comme on jette trois miettes à un
moineau. Et les juifs, c'est simple, il les hait. Qui sont les humains
fréquentables pour lui ? Les gens bien, c'est par exemple «Oussama»
(Ben Laden), un homme «très sympathique que Dieu protège» puisque «les
Américains n'ont pas encore réussi à le capturer».
Maulana Sami Ul Haq, rigide sous son grand turban, dirige cette
école coranique qui accueille trois mille étudiants, sur la route entre
Islamabad et Peshawar, d'une poigne de fer. Ses collaborateurs et
disciples le contemplent la bouche ouverte, écrasés de respect. Cette école,
il en est la seule lumière, le maître absolu.
C'est dans cette madrassa qu'ont été «éduqués» la plupart des
hauts responsables talibans, d'un «djihad» à l'autre. Il y eut d'abord la
guerre sainte contre les Soviétiques, entre 1979 et 1989. Les
Américains fournissaient les missiles sol-air Stinger. Les madrassas offraient
la chair à canon, c'est-à-dire les troupes de jeunes gens barbus, ces
talibans qui ne connaissaient du monde que les sourates du Coran apprises
par coeur.

Un nouveau djihad


Aujourd'hui dans la région des Pachtounes, à la frontière sauvage
entre l'Afghanistan et le Pakistan, c'est pour Washington le retour du
boomerang : un autre «djihad» est lancé. Mais cette fois les
«infidèles» sont les Américains. «Les Américains, explique Maulana Dami Ul Haq,
sont pris comme dans un filet. Leurs problèmes vont empirer, comme au
Vietnam : en Afghanistan et en Irak, on n'a jamais accepté les
envahisseurs.»
Barbus, pas barbus, tous ici sont impliqués dans cette guerre
dont le Zorro est «Oussama», l'homme le plus populaire du monde musulman,
comme l'affirment les sondages des journaux pakistanais (le numéro deux
est Jacques Chirac). Ceux qui ne portent pas la barbe, qui boivent du
Pepsi et surfent sur l'Internet, sont les jeunes gens modernes qui
pourraient être des cadres d'al-Qaida. «Aucun de ceux qui sortent des
madrassas n'est capable de détourner un avion ou de coordonner l'attaque
d'une capitale européenne», explique le journaliste Hamid Mir, à Islamabad.
«Pour la bonne raison, ajoute-t-il, que les étudiants des madrassas ne
savent pas lire, qu'ils sont des gens des temps anciens. Al-Qaida
exploite leur innocence et leur stupidité.»
Les barbus, les étudiants des madrassas, les voici : coiffés
d'une calotte blanche, ils sursautent en vous apercevant, comme si vous
étiez le Diable en personne. Puis ils vous lancent des regards de biais et
filent en rasant les murs du pensionnat où ils passent quinze à vingt
ans de leur vie exclusivement entre eux. Leur frayeur est compréhensible
: dans les madrassas d'obédience déobandi ou barelvi, les plus
nombreuses, les discours contre les chrétiens, les hindous et les juifs sont le
pain quotidien. «Les infidèles sont des lâches. Quand un saint guerrier
les attaque, ils crient de terreur... Chaque étudiant doit devenir un
saint guerrier», lit-on dans les manuels déobandi pour les enfants de
sept ans.
Cet enseignement qui prône la haine entre les communautés
entretient dans le monde occidental la réputation déplorable des écoles
coraniques. Elles seraient toutes devenues des «usines à terroristes». Un
jugement bien sûr caricatural. Le point commun des madrassas est d'être
dirigées par des partis fondamentalistes musulmans qui réclament
l'application de la «charia», la loi coranique. Des partis qui ne dépassent
jamais 6% des suffrages lors des élections, qu'il s'agisse de l'Indonésie,
du Pakistan ou du Bangladesh, mais qui troublent la vie publique. En
Indonésie, ces partis attaquent des chrétiens et brûlent leurs églises.
Au Bangladesh, ils organisent des pogroms de familles hindoues. L'islam
est traversé depuis un quart de siècle par un puissant courant
traditionaliste. Les madrassas, ancrées dans les milieux défavorisés, sont
devenues les bastions de ce conservatisme-là.

Résistance à la modernité


Tout cela grâce à l'Arabie saoudite. La maison des Saoud verse
des centaines de millions de dollars dans le monde pour répandre le
wahhabisme, une version fondamentaliste de la théologie sunnite. En février
dernier, le prince Abdallah a offert 35 millions de dollars pour
construire 4 500 nouvelles madrassas au Bangladesh et en Inde. Les
«fondations» saoudiennes, étroitement surveillées par les Américains, sont
l'engrais du terreau extrémiste.
Si fondamentalisme n'est pas synonyme de terrorisme, il se
conjugue toujours dans les madrassas avec une résistance à la modernité qui
finit le plus souvent par un rejet pur et simple de cette modernité. De
Peshawar à Dacca, dans une douzaine de madrassas de toutes les
obédiences, des professeurs affirment que «la société est devenue trop
moderne».
Leur credo ? Seul un islam purifié répondra aux défis du XXIe
siècle. Partout, des centaines d'enfants, parfois âgés de trois ans
seulement, se balancent, assis, en psalmodiant le Coran. «Les plus doués
l'apprennent entièrement en six mois, les autres en deux ans et demi», dit
Mawlana Mahfuzul Haque, qui dirige à Dacca, au Bangladesh, la madrassa
Jamia Rahmania Arabia.
Ces profs médiévaux sont aujourd'hui sur la défensive. Leurs
gouvernements exigent qu'en marge de l'enseignement religieux, les enfants
des madrassas puissent se voir offrir quelques rudiments d'anglais ou
d'informatique. Des demandes considérées par les religieux comme des
«complots» ourdis par les «croisés chrétiens», par les «ennemis hindous et
juifs» et par «le Diable américain», dans le but de pervertir les
enseignements coraniques traditionnels.
Pendant que dans leurs écoles les petits Chinois apprennent
l'anglais, que les petits Indiens deviennent des as de l'informatique, les
madrassas en Indonésie, au Bangladesh, au Pakistan ou en Afrique
approfondissent l'étude des techniques traditionnelles de calligraphie ou du
Shara-e Aqaid, un traité du XVe siècle qui soulève l'importante question
de savoir s'il n'y a qu'un seul ciel sur nos têtes, ou bien s'il faut
diviser la voûte céleste en sept, huit ou neuf parties.
Hostiles aux réformes depuis trois siècles, les madrassas
«fabriquent» des millions de jeunes gens illettrés, racistes, fanatisés qui
font de leurs pays des nations en déclin, moins compétitives, des nations
toujours plus assistées et plus frustrées.




Madrassas : ces écoles où prospère la haine
Islamisme Il y aurait près de 100 000 écoles coraniques dans les trois
pays du sous-continent indien. Toutes ne sont pas extrémistes, mais
beaucoup cultivent l'intolérance.
F. H.
[22 octobre 2005]

COMMENT LES FONDAMENTALISTES musulmans forment-ils leur idéologie de
rejet des autres religions, en vivant dans un univers mental autistique,
qui rejette la modernité ? Le phénomène touche près de 700 millions de
croyants dans le monde, et il se reproduit d'abord dans les écoles
coraniques (les madrassas), qui n'ont guère évolué dans leur enseignement
depuis trois siècles. Pour comprendre cet enseignement qui ferme les
esprits, nous avons visité quinze madrassas au Bangladesh et au Pakistan.
Les madrassas existent depuis la naissance de l'islam. Elles font
partie du paysage social dans le monde musulman, de l'Indonésie jusqu'au
Tchad. Comme nos écoles religieuses en Occident, elles sont aussi diverses
que les enseignements qui y sont dispensés. Dans leur immense majorité,
ce sont de petites écoles, qui, dans les villages, les bourgs ou les
quartiers populaires des grandes villes, accueillent les enfants de
familles pauvres ou des orphelins. Ces madrassas sont financées par les
commerçants aisés. D'autres grandes madrassas prestigieuses rassemblent
jusqu'à 3 000 étudiants.Le ministre pakistanais des Affaires religieuses,
Iyaz Ul-Haq (le fils du dictateur Zia Ul-Haq), nous déclare qu'ils sont
1,5 million d'élèves «dans 11 000 madrassas, dont 4 000 délivrent un
enseignement moderne (des cours d'anglais, de mathématiques, de
géographie). La plupart des élèves sont des orphelins (NDLR : de fait, 15% des
effectifs). Les madrassas sont les meilleures ONG du monde !»,
proclame-t-il.

A la madrassa Darul Ulum de Tongi par exemple, à 25 km de Dacca, au
Bangladesh, le bâtiment n'a rien de luxueux.Les enfants qui ne sont pas
pensionnaires (120 sur 400) habitent les alentours, un quartier de
masures en parpaing. Les adolescents à l'intérieur du bâtiment de trois
étages sont tous occupés à réciter les sourates du Coran, ou à dormir.
Quelques leçons de mathématiques, de bengali et d'anglais leur sont
dispensées après huit années d'études du Coran, nous affirme-t-on. Les 21
professeurs sont payés par des dons de parents (l'école coûte 370 euros par
mois). Les classes sont rythmées par les prières quotidiennes, elles
débutent à 9 h 45 le matin, jusqu'à 12 h 20, puis recommencent à 14
heures jusqu'à 16 heures.

Les dirigeants de ces madrassas disent tous les mêmes choses : «Nous
n'avons aucun lien avec les partis islamistes !» «L'Islam n'autorise pas
le terrorisme, et nous protestons contre ça !»
Le gouvernement du Bangladesh, comme celui du Pakistan, est la cible
d'attentats commis par les mouvements fondamentalistes : ils ont fait
exploser 450 bombes en une demi-heure le 17 août dernier, à travers tout
le Bangladesh. «Ces bombes sont une conspiration contre les madrassas et
les étudiants», répète le directeur de la madrasa Darul Ulum, à l'égal
de tous ses collègues. En Indonésie, les chefs des activistes musulmans
vont jusqu'à faire répéter à leurs chefs de madrasa que ce ne sont pas
des bombes qui ont tué des centaines de touristes étrangers, mais des
missiles tirés depuis des «sous-marins étrangers».

# Posté le samedi 22 octobre 2005 15:54