Communiqué de L'observatoire FIDH - OMCT à propos de la Tunisie

Date: Thu, 10 Nov 2005 11:42:59 +0100 (CET)
Objet: [assawra] L'OBSERVATOIRE (FIDH - OMCT)

Communiqué

Tunisie : Répression violente d'une mnifestation pacifique en soutien aux grévistes de la faim

Paris -Genève, le 9 Novembre 2005. L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT), exprime sa plus vive préoccupation à l'égard de la répression violente, le 8 novembre 2005, d'un rassemblement pacifique en soutien à l'action des grévistes de la faim dits « du 18 octobre 2005 ».

Le 8 novembre 2005, à l'appel du Comité national de soutien de la grève de la faim du 18 octobre 2005, une centaine de défenseurs des droits de l'Homme, de militants associatifs et politiques et de syndicalistes, se sont réunis devant la Maison de la Culture Ibn Khaldoun à Tunis.

Dès le début de la manifestation, un grand nombre de policiers en civil et en uniforme ont violemment pris à partie les militants, parmi lesquels Me Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH), Me Mohamed Jmour, membre du Conseil national de l'Ordre des avocats, et Me Khémaïs Chammari, ancien vice-président de la FIDH.

Selon les informations reçues, Me Mokhtar Trifi a notamment été traîné sur le sol par ses agresseurs qui l'ont frappé au niveau des yeux, devant sa femme et sa fille. Me Mohamed Jmour, qui tentait de venir en aide à son confrère, a également été agressé. Une journaliste française, présente sur les lieux et qui filmait les actes des policiers, s'est vue arracher son sac et sa caméra. Trois militants de l'Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), MM. Mounir Fallah, Chawki Laarif et Salah Belhouichet, ont été agressés, arrêtés et brièvement détenus.

Par ailleurs, vers 11h00, M. Abderahmane Bouzayyane, huissier de justice, s'est présenté à l'étude de Me Ayachi Hammami, président du Comité de soutien à Me Mohamed Abbou et secrétaire général de la section de Tunis de la LTDH, afin de lui notifier l'ordre émanant de la propriétaire de quitter les locaux dans les 24 heures, au motif que l'usage actuel qui en est fait ne correspond pas à celui inscrit dans son bail. Cette notification exigeait également la « cessation immédiate de toute activité non conforme à la nature du bail, sous 24 heures ».

En effet, le bureau de Me Hammami tient lieu de siège aux huit personnalités politiques et associatives qui font grève de la faim depuis le 18 octobre 2005. Ces huit personnalités sont : Me Ayachi Hammami lui-même, MM. Ahmed Néjib Chabbi, secrétaire général du Parti démocratique progressiste (PDP), Abderraouf Ayadi, secrétaire général du parti du Congrès pour la République (CPR), Hamma Hammami, porte-parole du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT), Mohamed Nouri, président de l'Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), Samir Dilou, membre du bureau de l'AISPP et du Comité de défense de Me Abbou, Mokhtar Yahyaoui, magistrat et président du Centre pour l'indépendance de la justice (CIJ) et Lofti Hajji, président du Syndicat des journalistes tunisiens (SJT).

Après concertation, les quatre avocats et le magistrat faisant partie des grévistes ont conclu que cet ordre d'expulsion ne pouvait être tenu pour légal, puisqu'il ne découle pas d'une décision judiciaire et, qu'en outre, le motif invoqué par la propriétaire n'est pas prévu par la loi dans le cadre d'une expulsion en référé.

L'Observatoire rappelle que les huit grévistes de la faim souhaitent, par leur action, dénoncer la détérioration de l'état des libertés en Tunisie, et revendiquent, entre autres, le respect du droit de réunion et d'association, la reconnaissance de tous les partis politiques, le respect des droits d'opinion, d'information, de communication, ainsi que la libération de l'ensemble des prisonniers politiques (Cf. communiqués de presse de la FIDH et de l'OMCT des 21 octobre et 2 novembre 2005).

L'Observatoire exprime sa plus vive préoccupation à l'égard de ces faits qui s'inscrivent en violation de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'Homme adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, en particulier son article 5a) qui stipule qu' « afin de promouvoir et protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales, chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, aux niveaux national et international, de se réunir et se rassembler pacifiquement » et son article 6c) qui dispose que « chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, d'étudier, discuter, apprécier et évaluer le respect, tant en droit qu'en pratique, de tous les droits de l'homme et de toutes les libertés fondamentales et, par ces moyens et autres moyens appropriés, d'appeler l'attention du public sur la question ».

L'Observatoire demande par ailleurs aux autorités tunisiennes de :

- garantir en toutes circonstances l'intégrité physique et psychologique de MM. Mokhtar Trifi, Mohamed Jmour, Khémaïs Chammari, Mounir Fallah, Chawki Laarif, Salah Belhouichet, Ayachi Hammami, Mohamed Abbou, Ahmed Néjib Chabbi, Abderraouf Ayadi, Hamma Hammami, Mohamed Nouri, Samir Dilou, Mokhtar Yahyaoui, et Lofti Hajji;

- mettre un terme à toute forme de répression ou de harcèlement à l'encontre de tous ceux qui luttent pour la reconnaissance et le respect des droits de l'Homme et de libertés fondamentales en Tunisie ;

- se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'Homme, adoptée par l'Assemblée générale des Nations-unies le 9 décembre 1998, en particulier ses articles 5a) et 6c) précédemment cités ;

- plus généralement, se conformer aux engagements relatifs aux libertés fondamentales, notamment la liberté d'__expression et d'associations, garanties par les instruments internationaux ratifiés par la Tunisie, et ce d'autant plus que ce pays accueille le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) du 16 au 18 novembre 2005.

Source : "mhamed khouya" <khouya_mhamed@yahoo.fr>
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# Posté le jeudi 10 novembre 2005 12:25

Tous contre le projet américain «Forum de l'Avenir»

De: Send an Instant Message "Abderrazzak DRISSI" <abderrazzakdrissi@yahoo.fr>
Date: Tue, 8 Nov 2005 12:18:41 +0100 (CET)
Objet: [assawra] CeMaCoFA: sit-in protestation jeudi 10 Novembre 17h à 17h30 ambassade Bahreïn à Rabat
marocantiforumavenir@yahoo.fr
Rabat le 7 Novembre 2005

Tous contre le projet américain «Forum de l'Avenir»

Appel à un sit-in de protestation devant l'ambassade de Bahreïn à Rabat (voir plan ci-après) le jeudi 10 Novembre de 17h à 17h30

et au refus de toute sorte de participation directe ou indirecte

aux travaux du soi-disant Forum de l'Avenir qui aura lieu à Bahreïn les 11 et 12 novembre 2005.


Dans le cadre de la mise en ½uvre de l'initiative américaine et de l'application des recommandations du 1er «Forum de l'Avenir» qui s'est tenu à Rabat le 11 décembre 2004, le second «Forum de l'Avenir» aura lieu à Bahreïn Al Manama les 11 et 12 novembre 2005.

A cette occasion, le secrétariat National de la Cellule Marocaine Contre le «Forum de l'Avenir» CeMaCoFA constituée en novembre 2004 par des représentants de plusieurs organisations politiques, syndicales, droits-humanistes et associatives:

1- Rappelle son refus catégorique de l'organisation du soi-disant Forum de l'Avenir, et la nécessité de combattre la tenue (au Maroc ou ailleurs) de ce Forum qui ne représente que la face politique de l'agression militaire qu'entreprend l'impérialisme américano-sioniste en IRAK, en PALESTINE et dans d'autres contrées à travers le monde.. Ce «Forum de l'Avenir» vise également la normalisation des relations entre les pays de la région avec l'agression impérialiste et l'occupation sous couvert de « la réforme démocratique, économique et pédagogique ».

2- Considère que l'administration américaine, en commettant plusieurs boucheries dans la région, boucheries qui ont engendré des centaines de milliers de victimes, en prenant position contre le tribunal pénal international, en marquant un recul quand au respect des Droits Humains y compris aux Etats-Unis et du fait de son soutien historique aux régimes dictatoriaux et aux mouvements terroristes qu'elle voulait combattre aujourd'hui, ne peut être porteuse de projet crédible pour démocratiser les régimes et les sociétés de la région du Grand moyen Orient et de l'Afrique du Nord.

3- Précise que toute construction démocratique et enracinement des Droits Humains, qui sont devenus une urgente et incontournable nécessité pour les pays de la région, demeure le fait de leurs peuples et de leurs forces démocratiques avec le soutien des forces démocratiques dans le monde.

4- Rappelle son refus du principe d'organiser le soi-disant Forum de l'Avenir qui n'est qu'une rencontre coloniale dont l'objectif est d'asservir les peuples de la région.

5- Lance un vif appel à toutes les organisations démocratiques, qui encadrent la société civile dans la région, pour boycotter et protester contre la tenue du second «Forum de l'Avenir» à Bahreïn, et de refuser toute sorte de participation, directe ou indirecte, aux travaux du «Forum de l'Avenir».

6- Comme elle lance un vif appel à toutes les forces vives de la région concernées par l'initiative américaine pour exprimer par tous les moyens légaux, son opposition et sa condamnation de cette nouvelle initiative coloniale.

7- organise un sit-in de protestation le jeudi 10 Novembre de 17h à 17h30 devant l'ambassade de Bahreïn à Rabat Quartier des ambassadeurs, (Route Zaaer) Km 6.7, villa 318, Rue Beni Hassane, Souissi.


Le secrétariat National de la Cellule Marocaine Contre le «Forum de l'Avenir» CeMaCoFA
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# Posté le mardi 08 novembre 2005 12:20

Communiqué du comité Benchicou

Communiqué du comité Benchicou

El Watan
, 26 octobre 2005


Le 26 octobre 2005, Mohamed Benchicou, directeur du Matin, aura passé 500 jours à la prison d'El Harrach. Privé de sa liberté, attaqué dans son honneur, il se voit à présent privé de soins médicaux adéquats. A cette occasion, le Comité Benchicou pour les libertés tient à attirer l'attention sur son état de santé qui ne cesse de se dégrader en l'absence d'une prise en charge médicale sérieuse et de soins médicaux appropriés. Il souhaite plus précisément informer l'opinion qu'aucun soin spécifique n'est prodigué au journaliste, malade, depuis son incarcération le 14 juin 2005. En dehors d'un EGM (électromyogramme), effectué en juin 2005, soit une année après sa mise en détention, M. Benchicou n'a été soumis à aucune autre investigation médicale pouvant déterminer la nature exacte de la maladie et sa progression. Le résultats de l'EGM sont d'ailleurs, à ce jour, inconnus de concerné lui-même. En conséquence et pour éviter toute polémique inutile, le Comité Benchicou pour les libertés demande instamment :
- la communication sans délai des résultats des examens de l'EGM au concerné ainsi qu'à sa famille par voie de document médical dûment visé par une autorité médicale ;
- un bilan médical comportant en priorité l'avis d'un médecin spécialiste, seul habilité à poser un diagnostic précis et à décider du traitement à suivre pour le malade et de son hospitalisation, le cas échéant ; Le Comité Benchicou pour les libertés tient à rappeler que le directeur du Matin est placé sous la responsabilité de la justice et met en garde contre toute négligence pouvant aggraver son état de santé. Par ailleurs, le Comité Benchicou pour les libertés saisit cette occasion pour affirmer, à l'adresse des Algériennes et des Algériens encore attachés à l'idéal de liberté et à leur dignité, que les longs mois de privations, d'isolement et de tentative vaine de banaliser son « cas » pour mieux faire entrer dans les m½urs algériennes l'emprisonnement des journalistes, poursuivis aujourd'hui comme des délinquants, n'ont en rien entamé la volonté de Mohamed Benchicou. En qualité de journaliste, Benchicou inscrit justement son combat pour la liberté de la presse dans le cadre plus large de la lutte des Algériens pour la conquête des droits et libertés citoyennes. La prison n'a fait que raffermir davantage ses convictions d'homme libre.

Le Comité Benchicou pour les libertés
Alger le 25 octobre 2005
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# Posté le samedi 29 octobre 2005 09:21

La guerre d'indépendance hante toujours les mémoires en Algérie

De "Taïeb Moalla" <tmoalla@yahoo.com>
Date: Fri, 28 Oct 2005 08:28:05 -0400 (EDT)
Source assawra

La guerre d'indépendance hante toujours les mémoires en Algérie
Le Soleil
Arts et Vie, vendredi 28 octobre 2005, p. B6

Moalla, Taïeb
Collaboration spéciale

Que ce soit pendant la guerre d'indépendance en Algérie ou au cours du conflit au Proche-Orient, la question du comportement moral en temps de guerre se pose. Deux parutions récentes s'y intéressent.

L'Algérie a beau avoir acquis sa souveraineté en 1962, la féroce guerre d'indépendance - menée de 1954 à 1962 - continue de hanter les mémoires. Partie en l'an 2000 pour couvrir l'actualité de ce pays, la journaliste du Monde Florence Beaugé ne se doutait pas que le passé colonial français allait finir par la rattraper. Avec Algérie, une guerre sans gloire, elle revisite une histoire faite de sang, de larmes et de non-dits. Bien plus qu'un "devoir de mémoire", l'auteure revendique un "devoir de vérité (pour) aider à panser les plaies et rapprocher deux peuples meurtris par le poids du silence".

Nous sommes à Alger en février 2000. Mme Beaugé, spécialiste du Proche-Orient, effectue ses premiers reportages pour le compte du Monde. Le destin la met sur les traces de Louisette Ighilahriz, une ancienne militante pour l'indépendance de l'Algérie. Cette dernière tente, depuis 43 ans, de retrouver la trace de celui qu'elle appelle son "sauveur", le docteur Richaud. En cette terrible année 1957, l'activiste est entre les griffes de l'armée française qui lui fait subir une torture sauvage ponctuée de sévices sexuels. La question du viol est d'ailleurs tellement taboue dans la société algérienne que les victimes ont du mal, encore aujourd'hui, à l'évoquer. Surgit alors un certain Richaud, qui ordonne son transfert à l'hôpital et sauve ainsi la vie de celle qui a baigné pendant des jours dans ses propres excréments, son urine et son sang.

La quête de Richaud emmènera la journaliste à obtenir des révélations fracassantes : des hauts gradés comme les général Massu et le général Aussaresses confirment, pour la première fois, l'aspect systématique de la torture exercée sur les militants du Front de libération nationale (FLN).

Des Algériens racontent une nuit d'horreur et de "torture à domicile" menée en mars 1957 par un jeune lieutenant, un certain... Jean-Marie Le Pen. Au milieu de lettres d'insultes et de menaces d'anciens soldats qui l'accusent de "salir l'honneur de l'armée française", et d'être "manipulée par le pouvoir algérien", la journaliste découvre tout un pan de la société française qui cherche à exorciser ses démons. De paisibles septuagénaires racontent "leur" guerre, expliquent que la torture faisait partie d'une certaine routine et décrivent les mécanismes pervers qui font perdre tout sens moral à de jeunes hommes livrés à eux-mêmes.

Au-delà de la guerre d'Algérie, le bouquin "qui se lit comme un roman", précise l'auteure, raconte les tribulations d'une journaliste oeuvrant dans un quotidien. Les exigences des supérieurs, les malentendus qui surviennent avec les sources, les pressions et les tensions permanentes sont autant de réalités qui gagnent à être connues des lecteurs.

Toutefois, "un épisode" laisse le lecteur sur sa faim. La journaliste et sa rédaction - au courant depuis des mois des faits d'armes de Jean-Marie Le Pen en Algérie - ont choisi l'entre- deux tours de l'élection présidentielle française de 2002 pour publier leurs révélations. Le prestigieux journal avait-il vraiment besoin de cet artifice pour achever de convaincre les électeurs de ne pas voter pour le leader de l'extrême-droite ?

Israël à l'aune de la morale

Nombreux sont les livres dont les auteurs cherchent à résoudre des questions sartriennes. Quel est le point commun qui unit les antisémites à travers les siècles ? Quelle est la légitimité d'Israël ? Est-il juste de qualifier le sionisme de révolution ? Avraham B. Yehoshua - un des écrivains israéliens les plus connus - répond lui aussi à ces interrogations. Généralement présenté comme un militant du "camp de la paix", M. Yehoshua porte en lui les nombreuses contradictions qui caractérisent une bonne partie de la société israélienne.

Aussi incroyable que ceci puisse paraître, le récipiendaire du Grand Prix de la littérature d'Israël ne peut s'empêcher de commettre de douteux amalgames. Dans le chapitre consacré à "l'explication structurelle de l'antisémitisme", il n'hésite pas à avancer certaines énormités. Que l'on juge. "En cherchant à identifier et à comprendre la racine structurelle de la haine d'Israël, appelée antisémitisme, je m'inspire, en fait, de la tradition juive".

En faisant un lien entre ce qu'il appelle "la haine d'Israël" (une posture politique) et l'antisémitisme (un position raciste), l'auteur affaiblit considérablement ses propos.

Le raisonnement boiteux de l'auteur ne s'arrête pas là. S'il concède que les arguments religieux et historique - justifiant l'installation d'un foyer national pour les juifs en Palestine - ne sont pas valides, il justifie l'édification d'Israël sur un "droit (moral) fondé sur la détresse" des juifs. Selon lui, "l'incendie (la Shoah) ne fut prémédité qu'en Europe, où il eut lieu effectivement, mais il aurait pu tout aussi bien se propager en pays arabe. L'État d'Israël a sauvé à temps les Juifs des pays arabes, qui vivaient comme minorité étrangère au sein des régimes militaires dynamiques, d'une situation grave, sans aucun lien avec le conflit israélo-palestinien".

Insinuer que les minorités juives présentes dans le monde arabe dans les années 1940 et 1950 étaient sur le bord de l'extermination est une contrevérité. Elle est d'autant plus étonnante qu'elle provient d'un penseur que la presse occidentale décrit comme un "combattant qui n'hésite pas à donner de la voix pour la cause qu'il défend, celle de la paix entre Israël et le monde arabe".

Florence Beaugé, Algérie, une guerre sans gloire. Histoire d'une enquête, Calmann-lévy, 2005, 34,95 $

Avraham B. Yehoshua, Israël : un examen moral, Calmann-lévy, 2005, 24,95 $
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# Posté le vendredi 28 octobre 2005 14:08

Freud, le sionisme et Vienne

FREUD, LE SIONISME ET VIENNE
Par Edward Said
05/06/2001
Al Ahram ( en anglais )
URL : http://weekly.ahram.org.eg/2001/525/op2.htm

L'histoire consignée ici, en forme de parabole, mérite ces quelques lignes malgré son côté très personnel, parce qu'elle a ameuté l'opinion et alerté inutilement les media. D'habitude, je répugne à me mettre en avant, mais cette fois-ci l'événement a été si faussé et a jeté un coup de lumière si vive sur le contexte du conflit sioniste dans lequel il s'insère, que je consens à le relater.

Fin juin et début juillet 2000, au cours d'une visite privée au Liban, j'ai donné deux conférences. Comme beaucoup d'Arabes, ma famille et moi-même étions vivement intéressés à visiter au Liban-Sud la "zone de sécurité" militairement occupée par Israël pendant vingt-deux ans, et après que les troupes de l'?tat juif en aient été chassées sans cérémonie par la résistance libanaise. Au cours de notre excursion du 3 juillet, nous nous sommes attardés dans la prison de Khiam construite par Israël en 1897 dans laquelle 8000 personnes ont été détenues comme des bêtes et torturées dans d¹atroces conditions. Nous nous sommes ensuite rendus au poste frontière abandonné par les troupes israéliennes, maintenant déserté à l'exception des visiteurs libanais qui affluent ici pour jeter symboliquement une pierre vers une frontière encore densément fortifiée.

Aucun Israélien, militaire ou civil, n'y était en vue. Pendant les dix minutes de la visite, j'ai été photographié à mon insu, jetant une petite pierre, en compagnie de quelques jeunes qui étaient là, sans cible particulière. L¹endroit était désert à perte de vue.

Deux jours plus tard, la photographie paraissait dans les journaux israéliens et dans la presse occidentale. J'y étais dénoncé comme un terroriste jeteur de pierres, un homme de violence, etc., etc., avec l'habituelle unanimité dans la diffamation et l'arbitraire qui atteint tous ceux qui sont la cible de la propagande sioniste.

L'ironie a joué doublement.

D'abord, bien qu'en huit livres écrits sur la Palestine plaidant sans relâche pour la résistance à l¹occupation sioniste, je ne me suis jamais lassé de militer pour une coexistence pacifique entre nous et les juifs d'Israël, quand auront cessé la répression et la dépossession des Palestiniens. Mes écrits ont été diffusés dans le monde entier, traduits au moins en trente cinq langues. Ainsi mes opinions sont parfaitement connues et mon message est très clair. Mais ayant estimé vain de réfuter les faits et arguments que j'avais avancés et, mieux encore, ayant été incapable d'empêcher que mon oeuvre atteigne une audience de plus en plus large, le mouvement sioniste a usé des recettes les plus éculées pour tenter de me discréditer. Il y a deux ans, un obscur avocat américano-israélien a été engagé pour "enquêter" sur les dix premières années de ma vie et "prouver" qu'en dépit de ma naissance à Jérusalem, je n'y avais pour ainsi dire jamais vécu. Il devait me confondre comme un menteur usurpant un droit au retour, en parallèle à la stupidité et à la bassesse du procédé - l'insidieuse loi israélienne du "droit au retour" - qui donne à n'importe quel juif de n'importe où, qui, sans y avoir jamais mis le pied, a le droit de venir en Israël et d'y vivre. Malgré l'indécence et le fallacieux de l'enquête, nombreux ont été ceux qui, abordés par l'avocat, n'ont pas abondé dans son sens et se sont récriés en ma faveur. Tous les organes de presse, sauf un, sollicités pour publier le compte-rendu, ont refusé l'article au vu de son manque de sincérité et de la fausseté de son argumentation. Cette campagne visait à me discréditer et au-delà, de laisser entendre que tous les Palestiniens sont menteurs et ne peuvent être crédibles dans leur prétention au "droit au retour". Le directeur du seul journal qui a publié l'article, a déclaré sans détour, que les insanités ordurières, imprimées, étaient une commande payée qui devait ternir ma réputation auprès de mes nombreux lecteurs. Alors est venue se greffer, selon un processus bien huilé, l'affaire de la pierre jetée.

Seconde ironie : malgré les vingt-deux ans de dévastation israélienne au Liban Sud, destructions de villages entiers, meurtres de centaines de civils, ingérence de mercenaires supplétifs payés pour piller et punir ; malgré l'emploi déplorable des plus inhumaines méthodes de torture et de claustration à Khiam et autres lieux, et bien ! malgré tout, la propagande israélienne, relayée par les media occidentaux, complices et vénaux, a choisi de me montrer du doigt pour un geste anodin, amplifié jusqu'à l'absurde, faisant de moi un fanatique violent, un tueur de juifs.

Le contexte n'était pas donné ni les circonstances, je n'avais jeté de pierre à aucun Israélien, ni dommage ni blessure n'avaient été portés contre personne. Plus étrange encore, éclatait alors une nouvelle campagne savamment orchestrée, destinée à me faire radier de l'université où j'enseigne depuis 38 ans. Des articles de presse, calomnies, lettres d'injures et menaces de mort, visaient à m'intimider ou à me réduire au silence, répercutés par quelques collègues qui, soudainement, dévoilaient leur collusion avec Israël.

Toute cette comédie, cette tricherie greffée sur un banal incident survenu au Liban-Sud, destinée à ternir ma personne et ma vie professionnelle n'a pourtant pas réussi. Des collègues se sont rangés à mes côtés, comme beaucoup de personnes en vue. Plus décisif : l'administration de l'université a magnifiquement défendu le bien fondé de mes opinions et de mes engagements, et déclaré que la campagne de diffamation était indépendante du jet de pierre, mais avait pour cause les opinions politiques que je professais et mon attitude de résistant à l'occupation et à la répression israéliennes.

Le dernier épisode du harcèlement sioniste est, dans un certain sens, encore plus triste et plus vil. Fin juillet 2000 j'avais été sollicité par le directeur de l'Institut et Musée Freud de Vienne, pour donner la conférence annuelle en mai 2001. Ayant accepté, le 21 août me parvenait l'invitation formelle, par lettre officielle du directeur de l'institut, au nom du comité. J'ai répondu sans tarder, ayant déjà écrit sur Freud et ayant été pendant longtemps un admirateur de ses travaux et de sa vie. Incidemment, je ferai remarquer que Freud avait été un anti-sioniste de la première heure, même s'il a changé d¹avis plus tard quand, pendant les persécutions des juifs d'Europe par les Nazis, un éventuel ?tat juif pouvait lui apparaître comme la solution à la montée meurtrière de l'antisémitisme. Mais je suis convaincu que son idée du sionisme comportait un soupçon. Le sujet de la conférence était : "Freud et le non-européen", et je me proposais de montrer que, bien que le matériau européen de Freud valait pour l'Europe, son intérêt pour les civilisations anciennes comme l'?gypte, la Palestine, la Grèce et l'Afrique militait en faveur de l'universalisme de sa vision et de la profondeur de son investigation de l'homme. Et qu'il fallait aussi remarquer son anti-provincialisme, au contraire de nombre de ses contemporains qui dénigraient les cultures non-européennes, comme mineures ou inférieures. Pourtant peu après, et sans avertir, le 8 février, j'ai été informé par le porte-parole de l'Institut, un sociologue viennois du nom de Schülein, que le comité avait décidé d'annuler la conférence à cause de la situation politique au Proche-Orient. "et des risques de conséquences". Aucune autre explication ne m'a été donnée. Il s'agissait d¹une attitude en dehors de toute déontologie et remarquablement en contradiction avec, justement, l'esprit et la lettre de la pensée de Freud. En plus de 30 ans d'enseignement dans le monde entier, pareil camouflet ne m¹avait jamais été donné. J'ai immédiatement réagi en demandant à Schülein dans une lettre d'une phrase, de bien vouloir m¹expliquer comment une conférence sur Freud à Vienne "pouvait interférer avec la situation politique du Proche-Orient". Je n'ai pas reçu de réponse.

Et pour comble, le New York Times dans son édition du 10 mars a publié une version de toute cette histoire, assortie de celle, désormais connue et caricaturale, de la photographie du Liban-Sud datée de juillet, donc antérieure à l'invitation de l¹institut Freud, reçue en août. Quant à Schülein interrogé par le Times, il a eut l'impudence de ressortir l'histoire de la photographie et d'avouer qu'il n'avait pas eu le courage de me dire que la vraie raison de l'annulation de ma conférence, (avec celle de ma critique de l'occupation israélienne), était que l'événement pouvait blesser la sensibilité des juifs de Vienne dans un contexte où se mêlaient la percée de J?rg Haider et l'Holocauste dans l'histoire de l'antisémitisme autrichien. Qu'un respectable universitaire comme lui, puisse sortir de telles insanités, défie l¹imagination, mais qu'il le fasse alors que quotidiennement, Israël assiège et tue des Palestiniens sans aucune sorte de pitié - est tout simplement indécent. Avec une basse pusillanimité, la clique freudienne n'osait pas dire en face, que la vraie raison de l'annulation insensée de ma conférence, était leur dette envers ceux qui, en Israël et en Amérique, donnaient de l'argent ? Il était prévu qu'une exposition des archives de Freud, réalisée par l'institut, déjà montrée à Vienne et New York, soit montée en Israël. Le financement prévu envisageait de soutenir l'exposition à Tel Aviv, à condition que ma conférence soit annulée. Alors, le comité viennois a plié sans pudeur et l'invitation qui m'avait été faite, a été récusée en conséquence, non parce que j'aurais prôné haine et violence mais parce je ne l'ai pas fait. J'ai dit que Freud avait été houspillé de Vienne par les nazis et la majorité des Autrichiens.

Aujourd'hui ce sont les mêmes qui, se targuant de courage et d'intégrité intellectuelle, bannissent un Palestinien pour une conférence. L'affreux flambeau sioniste aurait-il sombré si bas qu'il ne saurait entrer dans un débat public, dans un vrai dialogue, pour se justifier ? Qu'il emploierait la mafieuse tactique de l¹ombre, menace et chantage pour extorquer silence et complaisance ? Si désespéré qu'il exigerait la partialité, monnaie courante en Israël et au dehors dans les rangs de ses fidèles, hélas ! pour étouffer à jamais la voix des Palestiniens, en assiégeant des villages comme Bir Zeit, en stérilisant toute discussion et toute critique, partout où il trouvera des collabos et des couards pour faire aboutir la honteuse exigence. Rien d'étonnant que dans un tel climat, Ariel Sharon soit le leader d'Israël.

Enfin, la tactique de frappe disproportionnée échoue puisque tout le monde n'a pas peur et que toutes les voix ne peuvent être réduites au silence. Après 50 ans de censure sioniste et de mensonge, les Palestiniens poursuivent leur combat. Et partout, malgré la légèreté des media, malgré la vénalité des institutions comme la Société Freud, malgré la couardise des intellectuels à la morale anesthésiée, des hommes militent pour la justice et pour la paix. Aussitôt connue l¹annulation de ma conférence, le Freud Museum de Londres m'a invité à donner en Angleterre la prestation prévue à Vienne. Après avoir été chassé de Vienne en 1938, Freud passa la dernière année de sa vie à Londres. Deux institutions autrichiennes, l'institut pour les sciences humaines et la Société autrichienne de littérature m'ont invité à donner une conférence à Vienne à une date de mon choix. Un groupe de distingués psychiatres et psychanalystes (qui compte Mustapha Safwan) ont écrit une lettre à l'Institut Freud pour protester contre l'annulation. Beaucoup ont été choqués par la brutalité de l'intimidation et l'ont dit publiquement. Malgré tout, la résistance palestinienne tient bon partout.

Je crois encore que notre peuple est destiné à gagner la paix dans la justice, et d'offrir au sionisme une autre vision de la société fondée sur l'égalité et la concorde plutôt que celle née de l'apartheid et du racisme. Chaque événement comme celui que l'on vient de relater, renforce ma conviction que Israéliens comme Palestiniens n'ont d'autre voie que la paix pour partager une terre qu'ils réclament ensemble. Je crois aussi que l'Intifada Al-Aqsa doit se donner ce but-là , même s'il faut maintenir coûte que coûte la résistance politique et culturelle à l'insupportable occupation israélienne avec sa politique de siège, son cortège d'humiliations, sa complaisance à affamer les hommes et son goût de la punition collective. L'armée israélienne cause un dommage immense aux Palestiniens, jour après jour : toujours plus d'innocents assassinés, de terres dévastées ou confisquées, de maisons bombardées ou détruites, toujours plus de déplacements limités ou interdits. Du fait de la politique israélienne, des milliers de civils ne peuvent travailler, aller à l'école ou recevoir des soins médicaux. Une telle arrogance et une telle rage meurtrière contre les Palestiniens n'apporteront rien d¹autre que toujours plus de souffrance et de haine, et c'est pourquoi Sharon qui joue avec le meurtre et le pillage, échouera toujours. Pour notre propre gouverne, nous devons tenir jusqu'à la déroute sioniste et continuer à fonder notre propre message sur la paix et la justice. Si la route semble barrée d'embûches, qu'importe ! nous ne la quitterons pas. Si l'un d'entre nous tombe, dix se lèveront à sa place.

Voilà de quel sceau authentique notre combat est scellé, et aucune censure ni aucune complicité occulte ne viendra entraver son succès.

Source : Hakim Arabdiou
Date: Mon, 24 Oct 2005 12:37:53 +0200

# Posté le lundi 24 octobre 2005 11:55